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En 1961, le sirocco ne balaie pas que le sable mais la vie de nombreuses familles installées en Algérie française.

Le rêve disparaît… La mère de Laurence a vingt ans lorsqu’elle quitte son pays natal pour la France. Si l’exil marquera les destins, l’histoire des pieds-noirs restera. Le passé ne doit pas obstruer le présent, mais doit aider à le construire…

En revenant sur le parcours de sa mère à travers cette chronique aigre-douce, Laurence Fontaine Kerbellec n’a pas voulu raconter l’horreur de la guerre, mais l’histoire d’une petite fille regrettant son pays natal et son amie d’enfance. Chacun sera touché à sa façon, se remémorera le meilleur comme le pire, oscillant entre réconfort, nostalgie et amertume.

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A ma mère,« On aime sa mère presque sans le savoir, Sans le sentir, car cela est naturel comme de vivre » Guy de Maupassant, Fort comme la mort, 1889.A mes enfants, pour le devoir de mémoire. N’oublie jamais de te souvenir

Introduction

 

Pour comprendre la douleur des autres, il faudrait l’avoir vécue. Et quand bien même on l’aurait vécue, elle serait différente et elle nous échapperait encore.

 

Décembre 2008 Le temps est très frais aujourd’hui. En effet, ce matin, une mince gelée recouvre l’herbe du jardin ; la porte du garage craque sous une mince pellicule de glace finement accumulée au petit jour.

Ce froid, maman ne l’avait jamais connu pendant son enfance. Elle avait vécu en Algérie, et ce jusqu’à ses 19 ans ; âge où elle dut comme tant d’autres regagner le continent français ! La fin de la guerre d’Algérie privait de nombreuses familles de leur beau territoire, leur pays d’enfance, de leur pays tout simplement, celui qu’ils considéraient à eux quelques années auparavant… Ce sont tous les souvenirs que maman me raconte à chaque fois que l’on en a l’occasion, tout ce qu’elle a vécu, toute cette richesse « d’ailleurs » que je vais relater pour que tout un chacun puisse se représenter la vie de làbas comme elle dit si bien.

On retrouve une intonation dans sa voix, cet accent déjà, hérité de ses parents, mes grands-parents d’origine espagnole. Maman aime le soleil, la chaleur, et cela se comprend quand on a passé une partie de sa vie dans un endroit chaud, il est humain d’en ressentir le besoin ; moi-même je suis toujours en quête du soleil, j’aime le printemps et l’éveil des parfums, l’été et la chaleur du soleil. Ce soleil chaud d’Espagne, d’Alméria plus précisément, ville où mes arrières grands-parents étaient installés. Mes aïeux y possédaient une très jolie ferme. Quand j’étais petite, ma grand-mère me racontait sa jeunesse, je l’imaginais d’après tout ce qu’elle me décrivait : un ranch, avec des chevaux blancs, des andalous bien évidemment. Ma grand-mère en a eu et elle les adorait. Elle prenait plaisir à les présenter comme cela : « le cheval andalou est un cheval fier, ma fille, mais à côté de cela il est généreux, tendre, et gracieux. Sa robe est blanche tachetée de pois gris sur la croupe, son crin est fourni et légèrement ondulé, il est très attachant ». Elle aimait les chevaux et passait beaucoup de temps avec eux. Elle montait sans selle, je pense qu’elle n’en possédait pas à elle.

Mais elle était à l’aise comme cela… L’andalou descend des anciens chevaux espagnols et des barbes qui ont été introduits par les Arabes en Espagne. Je me représente facilement ce cheval dont elle m’a parlé et je le vois libre, courant sur la colline… Dans cette ferme, très jeune, elle a beaucoup travaillé, c’était une femme très active et qui ne pouvait pas rester sans occupation, elle était volontaire. Maman a hérité de sa joie de vivre, de son intérêt en toute chose et de sa vivacité.

Voilà les images qui me poursuivent. J’ai besoin d’en savoir plus… Quand nos origines ne nous sont pas toutes dévoilées ou du moins dans le détail, on est en recherche de soi. C’est important de savoir d’où on vient pour mieux comprendre où on va et pourquoi on va dans cette direction. Je veux tout savoir sur l’enfance et la jeunesse de ma mère parce que cela me réchauffe le coeur de connaître ce qu’elle a vécu, les endroits qu’elle a connus… Fruits exotiques pour moi, fruits traditionnels pour elle, les figues de barbarie, les dattes… Les olives en boîtes pour moi, des champs d’oliviers pour elle… Le froid ici, la chaleur làbas, les marées ici, la mer qui ne s’en va pas là-bas : « Como es posible ? » « Comment est-ce possible ? » disait ma grand-mère quand pour la première fois en France, elle vit le phénomène des marées, « Donde va el mar ? » « Où va la mer ? ». Ces phrases, je les garde dans ma mémoire et j’entends son accent et cela me fait du bien, sa voix chantante, chaude, c’est l’accent espagnol qu’elle a toujours gardé… J’ai trouvé cela inoubliable son étonnement pour des choses simples, mais intrigantes pour celle qui les découvre pour la première fois.

Chapitre 1.

La historia de mi madre – L’histoire de maman.

Maman m’a toujours rapporté de magnifiques souvenirs, sa vie dans ce pays… Au commencement… Les grands-parents de maman se sont installés en Algérie au début de la colonisation de ce grand territoire, quittant leur Andalousie natale. Rodriguez, Ortiz et Péralès apportaient alors une touche espagnole de l’autre côté de la mer. Des noms qui sentent bon le soleil et qui chantonnent à eux tout seul ! J’aime leur douceur, et leurs dernières syllabes qui laissent une trainée sifflante, comme un insecte d’été. Cela faisait maintenant trois générations de ma famille qui vivaient sur le sol d’Algérie.Comme dans d’autres pays, la colonisation a fait son effet. Le pays s’est occidentalisé.

Ma mère m’a toujours dit que « c’était bien là-bas » et que pendant son enfance, elle n’avait jamais manqué de rien, la vie y était simple mais belle… Elle aurait voulu que je sois née là-bas pour que je puisse vivre ce qu’elle a pu y ressentir, c’est-à-dire du bonheur pendant de belles années, elle me dit souvent « on aurait été si bien »… C’est là que je me rends compte qu’elle a de profonds regrets, comme mes grands-parents d’ailleurs, car lorsqu’ils étaient encore en vie, ils me racontaient toujours des anecdotes sur leur passé sur place, leur vie au quotidien tout simplement, la vie telle qu’elle se déroulait au fil des jours, plus beaux les uns que les autres, ne dit-on pas que la mémoire garde le meilleur, moi je n’en doute plus…Camus eut ces mots simples pour dire que les gens avaient finalement « pris leurs habitudes ».

Ma grand-mère était coquette et avait un très joli teint. Elle ne se maquillait pas – usait cependant de la crème Nivéa pour ne pas la citer – à côté de cela, elle aimait porter des bijoux, surtout des colliers ou des sautoirs que mon grandpère prenait plaisir à lui offrir à chaque anniversaire. Elle était couturière à ses heures et mère au foyer. Elle s’occupait de sa famille au sens large et prenait soin de ses six enfants. Malheureusement, l’un d’eux décéda peu après sa naissance. Je sais juste qu’il s’appelait Jean et son deuxième prénom Gabin. Je sais aussi qu’il est là-bas, sous un petit monticule de sable entouré d’un rectangle blanc… D’ailleurs, y est-il toujours ? Mémé P., comme je l’appelais, abritait également sous son toit, sa soeur, restée veuve très jeune, avec ses deux enfants en bas-âge. Ceux-ci considéraient ma grand-mère comme leur propre mère et le plus petit l’adorait et l’appelait « Oma ». Elle aidait aussi ses parents qui possédaient une petite ferme au Cap Blanc et n’avaient pas de gros revenus. Mon arrière-grand-père fut gardien de cimetière et s’occupa de son petit bout de terre tant qu’il le pouvait…

Mon grand-père, lui, fut réquisitionné à 14 ans pendant la seconde guerre mondiale. Puis, il s’engagea comme gendarme auxiliaire pendant sept années à Bouisville. Après avoir été au-devant de scènes macabres, il abandonna ce statut et travailla pour une entreprise de transport routier ; il conduisait des camions citernes à vin (il desservait Mascara et Sidi Bel Abbès). Il partait le plus souvent à la semaine et ma grand-mère gérait donc seule le quotidien, très entourée par toute cette petite famille. Mémé P. a toujours cuisiné énormément et en grande quantité de surcroît ! Très organisée, elle planifiait alimentation, ménage et couture pour tous. Elle avait des doigts de fée et un sens aigu du travail bien fait. Elle créait tout bonnement, sans patron, des tenues pour chacun des membresde sa famille. Elle achetait le tissu dans une boutique de la rue de juifs à Oran, non loin de l’opéra. Du caleçon en passant par les pyjamas, les chemises, les robes et aussi les costumes de carnaval ; le tissu glissait sous ses doigts. D’ailleurs, à l’occasion d’un carnaval, elle fit une tenue de danseuse pour ma mère, pétillante dans son tutu blanc, tout y était, fait main s’il vous plait. Ce costume était complété par des ballerines à rubans de satin qui montaient à mi-mollets, sur des collants opaques de couleur blanche. Je reconnais maman sur la photographie qu’elle a gardée, sautillant dans cette tenue d’une telle fraîcheur que l’on imagine facilement un pas de danse. Elle portait une couronne blanche dans ses cheveux légèrement crêpés pour donner du volume, un large ruban de satin marquait sa taille et une rose blanche fraîchement cueillie décorait cette ceinture. Sur les adorables chaussons de danseuse étaient accrochés également des boutons de rose du jardin ; la tenue était agrémentée d’un masque « loup » de velours blanc. Pour la cuisine, je sais que toutes les grands-mères ont du talent mais alors là, je peux dire que la mienne était excellente et de plus elle innovait constamment si bien que j’ai découvert un univers très varié et très créatif, puisqu’avec pratiquement rien, elle savait faire de tout.

 

Prix : 13,00 € - 102 pages - ISBN : 9782748383508 – Version Papier : 12,35 € (-5%) Version PDF: 6,49 €. COMMANDER.

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