De Lionel Vives Diaz le 30 juillet 2015

30 juillet… un autre anniversaire.
Claude Raymond … les Oranais la connaissent plutôt sous son nom de « Cléopâtre » dans l’Organisation.
Elle fut le bras droit du Général Jouhaud, dans la clandestinité, elle, une jeune fille de 23 ans !
Tous deux furent arrêtés dans son appartement du Boulevard du Front de Mer le 25 mars 1962, par hasard… ! Les gardes mobiles étaient juste à la recherche d’un émetteur sur le toit de l’immeuble…
Lui, envoyé à la Prison de la Santé, elle, à celle de la Petite Roquette sous l’inculpation d’atteinte à la sûreté de l’Etat.
On tenta de la faire parler, afin qu’elle dénonce ses compagnons de lutte… Elle ne parla pas… et les moyens employés n’avaient rien à envier à ceux des nazis…
Bénéficiant de l’amnistie, elle put reconstruire sa vie, loin de sa terre natale, mais encore et toujours au service des siens… présidente des Amitiés oraniennes lorsqu’elle nous quitta en 2013.
On l’ignore souvent, mais le Général Salan lui-même signait ses courriers « Claude Raymond »…il lui avait dit que ce nom « passe-partout » n’éveillerait aucune suspicion !
Toutes ses anecdotes, historiques aujourd’hui, me manquent. Nos échanges quotidiens, 3 heures minimum ( !), sont un vide impossible à combler.
Claude, tu m’as tant appris ! Tu m’as tant transmis !
Les publications sur notre histoire sont légion. On y lit les pires abominations, notamment sur l’Organisation. Ces pseudo-historiens ne t’ont pas connue, n’ont jamais compris le sens de cet engagement, n’ont jamais touché du doigt ton humanité et l’amour incommensurable que tu avais pour ta terre natale et ses habitants.
Le 30 juillet 1962, tu apprenais le massacre d’Oran du 5. Tu ne t’en es jamais remise. Tu n’as jamais pu l’évoquer devant moi sans t’effondrer.

Claude Sandra Raymond


Je terminerai en reprenant la conclusion de l’article que tes fils m’avaient demandé au moment de ton décès : « Cléopâtre, ce fut un honneur. Claude, ce fut un bonheur ».

 

 


De Lionel Vives Diaz le 27 mars 2013

En hommage à Mme Claude Raymond, Présidente des Amitiés oraniennes / L’Echo de l’Oranie

De Cléopâtre à Claude

            Comme nombre d’enfants de Pieds-Noirs, j’ai été bercé par les récits de cette Algérie française qui me serait à jamais inaccessible. Une culture particulière, essentiellement culinaire et linguistique d’ailleurs.

            J’ai dû chercher par moi-même pour en savoir plus, notamment sur les dernières heures sombres de cette Atlantide d’au-delà de la Méditerranée, ce « là-bas » si souvent évoqué dans le cercle familial. J’ai découvert entre autres les résistants de l’Organisation. L’une de ces figures m’a immédiatement interpelé, une jeune fille de bonne famille, comme on disait, qui avait tout sacrifié pour un idéal.

            Cléopâtre… c’était son nom de combattante. Et le 25 mars 1962, dans son appartement du Panoramic à Oran, elle fut arrêtée avec le Général Jouhaud, Camelin et Jourdain. Menottée, jetée dans un avion militaire, elle était envoyée en métropole, direction la prison de la Petite Roquette. Elle ne revit jamais sa terre natale. Une part de sa vie s’arrêtait déjà ce jour-là.

            Sacré destin que celui de ce petit bout de femme.

            Hiver 2009, à mon modeste niveau, j’entreprenais une action pour empêcher la FNACA d’intervenir dans l’établissement scolaire où j’enseigne afin de célébrer « son » 19 mars. Madame Claude Raymond, Présidente de L’Echo de l’Oranie, m’appela pour me féliciter. Quelle fierté ! Rendez-vous compte ! L’Echo de l’Oranie ! Cette revue si chère aux Oraniens… et son carnet où, déjà enfant, je lisais notamment les avis de recherche, tellement émouvants dans ces années qui suivaient l’exode.

            Nous nous rencontrâmes pour la première fois  le 14 mars 2009 au cours de la manifestation contre l’inauguration d’un square du 19 mars à Valence. Nous nous étions trouvés. J’étais avide d’apprendre l’histoire des miens, elle était avide de transmettre. Pourquoi ce « coup de foudre » fraternel (et même filial oserai-je dire, si ses fils me le permettent), en dépit du fossé générationnel ? Faut-il tenter de trouver des réponses à toutes les interrogations ? Je plagierai simplement Montaigne parlant de son amitié avec La Boétie : « parce que c’était elle, parce que c’était moi ».

            Ce n’est que quelques semaines plus tard que je sus que Claude et Cléopâtre était une seule et même personne.

            J’avais admiré Cléopâtre et je me mis à connaître et à aimer Claude.

            Nous nous revîmes alors souvent lors de manifestations mémorielles. Et en raison de la distance, le téléphone devint comme un organe greffé entre nous. Plusieurs appels par jour pour une moyenne quotidienne de 2 à 3 heures. Un besoin, comme celui de respirer, qui devint naturel. Des discussions sans fin sur l’actualité de notre « communauté », sur nos doutes, nos enthousiasmes, nos fréquentes désillusions et, bien évidemment, L’Echo de l’Oranie dont elle m’avait convaincu de devenir administrateur (toujours sa volonté de transmettre et d’envisager l’avenir).

            L’Echo de l’Oranie… son « bébé ». Un souci permanent, celui des lecteurs. L’obsession de leur offrir à chaque numéro une revue de qualité, diversifiée, qui plairait à tous. Elle y consacrait 8 heures par jour, minimum ! Je me souviens d’après-midi entières,  en compagnie de notre troisième larron… le téléphone, passées à chercher sur internet une seule illustration pour un article. C’était son quotidien. Toujours au service des siens, comme elle l’avait été en Algérie, comme elle l’avait été ensuite au sein de l’ANFANOMA pour aider ses compatriotes dans leurs dossiers de réinstallation. Une combattante, encore et toujours, y compris dans sa vie professionnelle, passant 14 heures par jour dans les serres de son entreprise d’horticulture avant de prendre une retraite bien méritée…

            Retraite ? L’Echo de l’Oranie devint sa « drogue »… Car la « pienoirditude » remplissait son existence.

            Mais Claude était avant tout une maman et une grand-mère. Avec quelle fierté elle parlait de ses fils ! Avec quelle affection elle évoquait ses petits-enfants ! Interdiction de s’appeler lorsqu’ils étaient présents ! Elle voulait profiter du moindre instant passé avec eux.

            Claude, tu es partie trop tôt, tu avais encore tant à donner… et à recevoir. Tu as toujours hypothéqué ta propre vie pour te consacrer aux autres. Les nôtres en ont-ils eu conscience ?

            La légende affirme que la Cléopâtre de l’Egypte antique mourut de la morsure d’un aspic. Toi, notre Cléopâtre oranaise, tu dus avaler de nombreuses couleuvres, mais avec courage tu fis toujours face, jusqu’à ce que tous ceux que tu avais aimés, et qui nous quittaient jour après jour, te demandent de les rejoindre.

            Claude, j’évoquerai pour terminer le dernier tour que tu m’as joué. Et je te vois sourire malicieusement de là-haut… Tes fils m’ont demandé, et cela m’a profondément ému, de retrouver ta famille, chez toi, après l’hommage que nous t’avons rendu en ce 25 mars 2013 en l’église Saint-Louis (Oran t’aura poursuivie jusqu’à la fin) de Hyères (51 ans jour pour jour après ton arrestation et ton départ d’une terre chérie). Et que m’as-tu fait perdre dans ton jardin… ? Mon téléphone ! Ce lien qui était notre quotidien… Sacré symbolisme.

            Tes fils l’ont retrouvé, mais ne t’inquiète pas, ceux qui restent et qui t’aiment continueront de te parler, mais à présent avec leur cœur et avec leur âme. Le malheur de t’avoir perdue ne nous fera pas oublier la bénédiction de t’avoir connue.

Cléopâtre ce fut un honneur, Claude ce fut un bonheur.

Lionel VIVES-DIAZ le 27 mars 2013


C'est avec une immense peine que nous vous faisons part du décès survenu dans la nuit de Mme Claude-Sandra RAYMOND Présidente des Amitiés Oraniennes / L'Écho de l'Oranie - 11 avenue Clemenceau 06000 NICE.
Elle avait, depuis quelques année, repris le Flambeau de cette revue si chère aux Oranais, l'Écho de l'Oranie qu'elle a représenté un peu partout, dans nos rencontres de Rapatriés.

Elle nous a toujours soutenus et nous lui devons, tout comme notre Collectif, à l'occasion des 50 années de notre exode, une grande part du succès de cette inoubliable rencontre du 12 mai dernier à la Major à Marseille.
Si Nîmes était un de ses bastions, son stand était juste en face de celui des cimetières, nous garderons d'elle un merveilleux souvenir de journées passées à Nice, lors de nos rencontres "des deux Rives" où là nous étions côte à côte... ! Quelle ambiance !

Reprenons ici quelques mots de Ionesco: "il faut écrire pour soi, c'est ainsi que l'on peut arriver aux autres".
C'est ce qu'elle a su faire, avec son équipe, avec beaucoup de talent.
Au revoir Madame et merci pour tout.
A.O.B.R - Amicale des Oraniens des Bouches du Rhône.

Ses obsèques auront lieu le lundi 25 mars à 16H en l'église Saint-Louis de Hyères !

Ses enfants nous informent que Claude désirait une cérémonie la plus sobre possible, sans drapeaux, sans abondance de fleurs. Son seul souhait est d'être accompagnée de Chant des Africains.

La vie est ainsi faite,...... la cérémonie aura lieu en l'église Saint-Louis ( les Oranais y verront un symbole) le 25 mars, 51 ans jour pour jour après l'arrestation de Claude et du Général Jouhaud au Panoramic à Oran.Je ne peux m'empêcher de penser avec émotion à Roger Quessada parti lui un 5 juillet.     Lionel VIVES-DIAZ

Plaque Santa-Cruz Sandra-Claude Raymond

Février 2016. Cela fera bientôt 3 ans.
Plaque apposée sur le mur du sanctuaire de ND de Santa-Cruz à Nîmes, tout près de celle du Général Edmond Jouhaud.
Claude, on ne t'oublie pas. Lionel Vives-Diaz