17 août 2014, nous apprenons ce matin le décès de Pierre LAGAILLARDE.
Son nom est gravé à tout jamais dans les mémoires de tous ceux qui voulaient rester en Algérie Française...
Nous sommes tous très tristes.
H.C et Geneviève de TERNANT.

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Pierre lagaillarde


BIOGRAPHIE DE MICHEL DELENCLOS BIOGRAPHE, CHERCHEUR EN HISTOIRE.

            LAGAILLARDE Pierre, René, Roger dit LAON. Né à Courbevoie (Seine) (15.05.1931-17.08.2014) -Son père Henry, juriste, bâtonnier, chef du contentieux de la compagnie «l'Abeille» à Courbevoie, ami de l'avocat Jean Gallot, et sa mère bâtonnier (la seule femme bâtonnier en AFN) à Blida.

            Ses parents arrivent en Algérie en 1932, tous deux avocats, ils s'installent au barreau de Blida, puis seront bâtonniers. En 1944, son père, Henry, est au cabinet d'Henri Queuille, membre du Gouvernement provisoire de la République française «GPRF» à Alger. Etudes au lycée Duveyrier à Blida jusqu'en 1948, avec un baccalauréat de philosophie. Inscrit à la faculté de droit d'Alger, qu'il quitte en 1950 pour celle de Paris où il obtient sa licence en 1951. Avocat au barreau de Blida, à partir de 11/1951, et y exerce jusqu'en 10/1955 ; il y assure notamment la défense d'un terroriste du «FLN».

            En 03/1953, il épouse Suzanne de Beaumont (née Durand) dont il a 1 fils, Pierre-Jean et, dont il divorce en 11/1956. Résilie son sursis pour être affecté au 66è régiment d'artillerie à Oran, au «GAOA» no 3 à Sétif, puis à l'école d'artillerie de Châlons-sur-Marne en 04/1956, et obtient son brevet de parachutiste. Rejoint le 20è groupe d'artillerie parachutiste en Algérie. Démobilisé, il rejoint le barreau de Blida et s'inscrit en doctorat à la faculté de droit d'Alger.

            En 03/1957, il se remarie avec Elisabeth (dite Babette) Meslet dont il a 1 fils, Marc, né en 1958. Membre de l'ACUF. «Association des combattants de l’Union française». Ami de Bernard Mamy. Ecole d'officiers de Châlons-sur-Marne dont il sort avec des notes très favorables: "Intelligent, vif, énergique mais préférant la pratique à la théorie.". Participe à la guerre d'Algérie avec le grade de sous-lieutenant dans les parachutistes.

            Est démobilisé en 09/1957. Ami de Jean Taousson, journaliste à l’ «Echo d’Alger» puis à «Paris Match». Président de l'AGEA «Association générale des étudiants d’Alger», élu le 02.12.1957, succédant à Jean Gautrot, et à ce titre fait partie d'un comité de vigilance créé à Alger. Ami de Jacques Merlot.

            Le 26.04.1958, au monument aux morts d'Alger, il jure devant la foule: "La prochaine manifestation sera la bonne!". Membre du Comité de salut public «CSP», annoncé dans la soirée du 13.05.1958, aux côtés du général Jacques Massu, Robert Martel, du colonel Roger Trinquier.

            Le 13.05.1958, il déclare: "Les CRS nous ont provoqués sans aucune violence de notre part. Tous au Gouvernement général pour renverser ce régime pourri! Laisserez-vous brader l'Algérie? Etes-vous prêts à vous battre pour elle?..".

            Lors des événements de 05/1958, il se rend à Paris pour connaître l'état d'esprit de l'opinion en général. Membre du Comité de Salut public avec 6 autres civils: P.aul Moreau, Gabriel Montigny, Joseph Jolivet, André Baudier, Rodolphe. Parachini et Armand Perroux auxquels sont adjoints Jacques Massu et les colonels Ducasse, Jean Thomazo et Roger Trinquier.

            Le 22.05.1958, il fait partie de la mission «clandestine» envoyée en métropole avec le commandant Robert Vitasse puis rencontre le général Roger Miquel à Toulouse et se rend à Paris, dans le contexte de l'opération «Résurrection». Membre du Mouvement patriotique du 13 mai «MP13» créé en 06/1958. Militant du Front Algérie française «FAF». Député non-inscrit d'Alger-ville 1ère circonscription, élu le 30.11.1958, jusqu'au 05.05.1961  (Par décision n° 61-2D du 18.07.1961, il est déchu de plein droit de sa qualité de membre de l’Assemblée nationale, à compter du 05.05.1961). (JORF du 29.07.1961).

            A la suite du discours de De Gaulle sur l'autodétermination du 16.09.1959, il réclame: "la Haute Cour pour De Gaulle, l'autodétermination est un crime...seule la rébellion peut réussir.". Rejoint le Rassemblement Algérie française «RAF» (1) de Georges Bidault dont le représentant à Alger est Georges Lopinto. Membre du "Comité de Vigilance", créé à Alger le 13.10.1959, autour d’Arnould, Lopinto, Bernard Lefevre, Robert Martel. Participe à la création du Comité d'entente des mouvements nationaux, en 11/1959.

            Le 19.12.1959, il est présent au stade de St. Eugène à Alger, lors du meeting présidé par Georges Bidault. Patron du camp retranché dans les facultés à Alger le 24.01.1960. Dès le début des Barricades, avec Joseph Ortiz, il reçoit le sergent Marc Flament, dépêché par le colonel Marcel Bigeard.

            Le 31.01.1960, les colonels Henri Dufour et Joseph Broizat lui remettent les conditions honorables de reddition.

            Le 01.02.1960, alors qu'il se rend,  le 1er RCP et le 3è RPC, lui présentent les honneurs. Lui seul devait être inculpé d'atteinte à la sûreté  intérieure de l'état lors des Barricades (parole non tenue par le pouvoir). Arrêté, il est d'abord incarcéré à Maison-Carrée, puis il est écroué à la Santé.

            Le 02.02.1960, il  fait savoir, dans un premier temps, au doyen des juges d'instruction, Robert Magnin qu'il choisissait pour défenseur, l'avocat Jean Louis Tixier-Vignancour; puis, finalement, il annonce de prendre pour défenseur, Jean Gallot. Dans une lettre adressée au doyen des juges d'instruction, Robert Magnin, il explique qu'il «ne veut pas que cette affaire soit politisée» et qu'il n'a en vue «que les intérêts de la patrie».

            Le 01.06.1960, à l'Assemblée nationale, Jean-Marie Le Pen, le colonel Thomazo et André Mignot demandent sa libération. Sa suspension de détention n'est repoussée qu'à 18 voix de majorité: 219 contre 201 avec 59 abstentions et 56 absents. (Selon Kauffer elle est rejetée à 284 voix contre 175) et selon René Saive, dans "l'Echo d'Alger" du 02.06.1960, par 268 voix contre 165 et 55 abstentions).

            Lors de son procès, qui se tient du 03.11.1960 au 02.03.1961, il a pour défenseurs Maître Jean Gallot, Denise Macaigne et Vignoles. Mis en liberté provisoire le 16.11.1960. Le 24.11.1960, il «fait» la couverture de «l'Express», avec un article de Jean-Marie Domenach qui, en page intérieure écrit notamment: «Pierre Lagaillarde et les autres accusés du «Procès des Barricades» sont les victimes du changement non dit de la politique algérienne du gouvernement: ce n'est pas Lagaillarde qui a changé, ce sont les autres.». Pierre Sultana, Alain. Mentzer et Pierre  Aoustin (tué dans le maquis «OAS» de l’Ouarsenis le 06.04.1962) l'aideront à regagner l'Espagne, le 05.12.1960, avec Jean-Jacques. Susini, où il se réfugie d'abord à Madrid. Depuis Madrid, et par l'intermédiaire de l'avocat, Denise Macaigne, Lagaillarde adresse une lettre à ses juges pour expliquer sa fuite: «Je ne peux à ce jour révéler les discussions qui précédèrent mon départ, mais le tribunal doit néanmoins savoir que j'ai quitté l'armée pour rejoindre l'armée.».

            Ami de Jacques Chirac. Le 06.12.1960, l’avocat Tixier-Vignancour le rencontre à Madrid avec Serrano Suner. Le 07.12.1960, malgré l'intervention de l’avocat Jean-Baptiste Biaggi, son immunité parlementaire est levée. Le 31.12.1960, à Madrid, avec Raoul Salan, Marcel Ronda et Jean-Jacques Susini, il signe un appel à voter "non" au référendum du 08.01.1961.

Document confié à l’Abbé Vincent Serralda (2) pour transmission aux responsables du «FAF» à Alger et une large diffusion dans toute l’Algérie.

 

Non au référendum

 

            Lagaillarde est désigné, avec Marcel Ronda, comme chargé de l'Action au sein du «GPAF» (3) créé le 15.01.1961 par Joseph Ortiz et qu'il quittera rapidement. Le 11.02.1961 en Espagne, il participe, en présence de son épouse Elisabeth, à la création du sigle «OAS» avec J-J. Susini. Condamné par le «TPFA» de Paris le 02.03.1961, à 10 ans de détention criminelle par contumace, le procureur ayant requis une peine de 20 ans.

            Le 18.07.1961, le Conseil constitutionnel déclare: «Est constatée de plein droit la déchéance, à compter du 05.05.1961, du sieur Lagaillarde (Pierre) de sa qualité de membre de l'assemblée nationale.». Le 24.08.1961, dans une lettre adressée au comité algérois de l'OAS, et voulant réaffirmer son autorité, il annonce son intention "d'effectuer une tournée d'inspection des différents réseaux en Algérie", rappelant ainsi qu'il est membre fondateur de l'OAS puis de "la direction centrale" de Madrid. En 09/1961, en Espagne, avec les colonels Antoine Argoud et Charles Lacheroy, Marcel Bouyer, Jean Meningaud et le docteur Bernard Lefevre, il signe "l'Appel aux Français". Arrêté en Espagne le 06.10.1961, avec le "Groupe de Madrid".

            Le 27.10.1961, est mis en résidence surveillée à La Palma (Canaries) avec les colonels Antoine Argoud et Charles Lacheroy et J. Ortiz. Le 01.11.1961, il adresse un communiqué à la presse dénonçant R. Salan comme étant responsable des "traitements indignes" imposés par le gouvernement espagnol aux "exilés".

            Le 02.07.1962 depuis Santa Cruz de Las Palmas, il demande aux Français d'Algérie de ne pas quitter le pays et, s'ils l'ont fait, d'y revenir "le plus rapidement possible". Ce qui fait écrire à l’historien Jean Monneret en 2000: "Comme l'Algérie est belle, vue des îles Canaries!".

            Est libéré le 20.07.1962, avec d'autres exilés des Canaries comme Joseph Ortiz et le colonel Charles Lacheroy, et déclare: "Seul le destin de l'Algérie m'intéressait. Je n'ai aucune arrière-pensée politique. J'abandonne toute idée de revanche.".

            Crée à Alicante, le lycée français dont il sera le surveillant général, en 11/1966, et son épouse professeur. Amnistié, il  entre en France en 1968 et redevient avocat, bâtonnier à Auch où son fils Pierre-Jean prendra sa succession. En 1978, avec le soutien de Jacques Dominati, il  tente de rallier les Pieds-noirs à V. Giscard d'Estaing. En 1981, lors de la campagne présidentielle, il appelle à voter Jacques Chirac. Membre de Solidarité et défense des libertés «SDL» (4) avec J. Taousson, association créée par Charles Pasqua le 09.12.1981. Croix de la Valeur militaire. Titulaire de 2 citations. 

(1) Rassemblement Algérie française. Mouvement créé le 19.09.1959, à l’initiative de Georges Bidault, en réaction du discours de De Gaulle sur «l’ «Autodétermination», pour refuser «l’autodétermination qui n’est qu’une indétermination et dénoncer l’inconstitutionnalité et l’illégitimité d’une offre de sécession de 12 départements français». 

(2) Serralda Vincent (12.06.1905-20.09.1998) né à l’Arba (Algérie française) décédé à Nanterre. Sa famille arrive en Algérie dès 1832. Son père deviendra invalide de guerre en 1916. Durant la seconde guerre mondiale, il participe à la libération de la France, au sein de la 2ème division marocaine. Il sera le curé de la paroisse Saint-Jean-de-Dieu à Dalmatie, près de Blida (aujourd’hui Ouled Yaiche), et le dernier, de 1955 à 1962.

(3) Gouvernement provisoire de l’Algérie française. Dans une lettre du 14.01.1961, J. Ortiz informe le Front Algérie française «FAF» qu’il reprendra la lutte ouverte : «Le «GPAF» verra officieusement le jour le 17 courant en raison de l’urgence, et officiellement le 24.01.1961, anniversaire des Barricades où, il y a un an, le «FNF» montrait que l’Algérie française était une cause digne des plus grands sacrifices.».

(4) Solidarité et défense des libertés. Mouvement créé par Charles Pasqua, le 09.12.1981.

Aucun regard, aucun écrit, aucun document n’est définitif sur l’Histoire 

DELENCLOS Michel. Chercheur en histoire. Biographe.

BIOGRAPHIE :

Sa biographie figure dans «Dictionnaire, De Gaulle». 

De J. Verges, M. Courrege, M. Zavrian "Les disparus", Ed. La Cité.

De M. et S. Bromberger "13 complots du 13 mai", Ed. Fayard, 1959. Auteur de "On a triché avec l'honneur", Ed. Table ronde, 12/1960.

De C. Paillat "Dossiers secrets de l'Algérie", Ed. Presses de la Cité, 1961.

De H. Azeau "Révolte militaire, Alger, 22.04.1961", Ed. Plon, 2001.

De J. Delarue "L'OAS contre De Gaulle", Ed. Fayard, 1981 et 1994.

De P. Gauchon et P. Buisson "Oas", Ed. Jpn, 1984.

De R. Kauffer "Oas", Ed. Fayard, 1986.

De P. Vidal-Naquet "Face à la raison d'Etat", Ed. La Découverte, 1989.

De Duranton-Crabol "Le temps de l'Oas", Ed. Complexe, 1995.

De A. Deroulede "Oas", Ed. Curutchet, 1997. De C. Nick "Résurrection", Ed. Fayard, 1998.

De J. Monneret "La phase finale de la guerre d'Algérie", Ed. L'Harmattan, 2000.

De R. Davezac "Chronique des évènements dans le Grand-Alger", Ed. Image, 2000.

De G. Fleury "Oas", Ed. Grasset, 2002.

De Anne Dulphy «Les exilés français en Espagne depuis la seconde guerre mondiale : des vaincus de la Libération aux combattants d’Algérie française : 1944-1970», Ecole polytechnique année 2002, volume 67 n° 67, pages 96 à 101.

De F. Audigier "Histoire du Sac", Ed. Stock, 2003.

De R. Delpard "Les oubliés de la guerre d'Algérie", Ed. Michel Lafon, 2003.

De J.P. Mefret "Bastien-Thiry", Ed. Pygmalon, 2003.

De Ph. Bourdrel "Le livre noir de la guerre d'Algérie", Ed. Plon, 2003.

De M. Faivre "Conflits d'autorité", Ed. L'Harmattan, 2004. «Dictionnaire, De Gaulle», Ed. R. Laffont, 2006.

De Michel Delenclos «Les Mots des uns, les Maux des autres. La France et l’Algérie», Ed. G. de Bouillon, 2008. De J-B. Ramon «l'Oas et ses appuis internationaux», 2008-

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