Volume de retenue : 77.000.000 m3

Première étude : 1912

Premiers travaux : 1930

Mise en eau en 1945

Malgré les vicissitudes subies par l'ouvrage lors de sa réalisation à l'emplacement choisi, le seul possible, et qui ont obligé à des modifications successives des projets, le barrage fut finalement mis en eau en 1945.

La mise en eau de cet ouvrage, dont la hauteur au-dessus du lit de l'oued est de 37,50 m et le développement en crête de 176 m, a créé un lac de plus de 125 ha emmagasinant environ 77 millions de m3 utilisés pour l'alimentation en eau de Philippeville et du village d'El Arrouch et pour les irrigations de la plaine du Safsaf.

Zardezas Popodoran1962

Barrage-des-Zardezas-Michelin

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Zardézas n'est pas un ouvrage monumental, une oeuvre exceptionnelle que retiendra la postérité, non ; il représente cependant un symbole, celui de la volonté et de la ténacité des hommes enracinés dans ce pays à vaincre toutes les difficultés pour qu'émerge l'Algérie.
Après les pionniers et l'aventure de la conquête, après le temps des bâtisseurs, venait celui de l'ouverture à la modernité, aux techniques de pointe comme on peut le constater aux dernières heures de l'Algérie française avec la construction et la mise en service du barrage de Meffrouch dans l'ouest algérien ; ainsi nous pouvons lire dans "la Dépêche de Constantine" des premières heures de l'indépendance : "Le barrage de Meffrouch, près de Tlemcen, a été mis en eau hier matin. Edifié dans l'ouest algérien à quelques kilomètres de Tlemcen, sous la direction d'ingénieurs français qui ont utilisé un procédé révolutionnaire, la préfabrication, pour la construction d'un barrage de 22 mètres de haut et 530 mètres de long en crête . Unique au monde dans sa conception, il assurera notamment l'alimentation en eau potable de la ville de Tlemcen et de la zone industrielle d'Oran-Arzew: capacité vingt millions de mètres cubes".
Ainsi le peuple Pied-Noir, poussé par le "vent de l'histoire", quittera sa terre natale , abandonnant non pas des vestiges ou des ruines , mais la trace concrète des joies , des souffrances, du travail acharné des hommes sur ce sol fécondé de leur sueur et de leur sang , sur ce sol où ils avaient gagné le droit de vivre.

in l'Algérianiste n°60 de décembre 1992

LE BARRAGE DES ZARDÉZAS PAR HUBERT GROUD

Le 23 août 1870 la compagnie PL.M. inaugure la ligne Philippeville-Constantine, commencé en 1864 le port est achevé en 1895 (1). Les cultures s'étendent dans les environs et la vallée, la ville grandit et sort de ses remparts, les quartiers du Beni-Melek et du faubourg de l'Espérance démarrent, industries et commerces se développent Un problème cependant n'est pas facile à résoudre, celui de l'approvisionnement en eau dont la pénurie grandit avec l'extension de l'activité et du peuplemenl Un barrage en est peut-être la clé.

(1) A.F.N. illustré 1930

Dans son numéro du 4 mars 1903 le " Zéramna ", journal local de Philippeville rend compte d'une démarche de M. Thompson député de la circonscription qui appelle l'attention de M. le Gouverneur général sur l'utilité pour la région de la construction immédiate du barrage des Zardézas. La réponse , dit l'article est de nature à donner bon espoir aux agriculteurs ; signée du Secrétaire général du gouvernement Maurice Varnier, datée du 17 février 1903, elle dit en substance : " Vous avez bien voulu me demander d'envoyer en mission à Philippeville un ingénieur des Ponts et Chaussées qui s'occuperait spécialement des études relatives à la construction du barrage des Zardézas…
En résumé : les quatre postes d'ingénieur ordinaire n'étant pas pourvus de titulaires il faut procéder à des nominations de métropole ; alors seulement et si la situation budgétaire le permet j'examinerai avec intérêt la possibilité de demander un cinquième ingénieur auquel seraient confiées suivant votre désir les études du barrage des Zardézas ".

Philippeville le port

Philippeville - La Marine (Doc. H.Groud)

Nous sommes le 4 mars 1903.Tous les espoirs sont permis.
Si l'on,se réfère à l'ouvrage de Paul Saurin " Le problème de l'eau dans l'Algérie du Nord "(1) que nous citons tout au long de ce chapitre, les aménagements existants en 1900 pour l'irrigation concernent environ un millier d,'entreprises de quelque importance pour plus de 200000 hectares arrosés , selon deux méthodes :
- les barrages de dérivation déjà édifiés par les Romains, continués par les Berbères et les Arabes de façon très rudimentaire, multipliés et améliorés dans leurs caractéristiques de fiabilité et d'efficacité par la colonisation ; on distinguera les barrages de dérivation à irrigation d'été dans la zone tellienne sur la Mouilah l'oued Isser et le Saf Saf dans la Tafna, sur l'oued Deurdeur, le Chelif et l'oued Sly, sur le Rhumel et la Seybouse et les barrages de dérivation à irrigation d'hiver et de printemps sur les Hauts Plateaux pour les cultures de céréales.
- les barrages réservoirs : en 1900 il en existe sept , cinq dans l'Oranie et deux dans l'Algérois ce sont : le barrage du Tlela, 1869-I870 d'une retenue de 730 000 m³, le barrage de l'Oued Magoun, 1879-1887 d'une retenue d'un million de m³ d'eau saumâtre ; le barrage des Cheurfas construit en trois étapes : en 1849 un premier mur retient 3 millions de m³ puis en 1880-1882 est édifié en amont un second mur plus haut , enfin suite à une rupture , le premier mur est rétabli et agrandi en 1886-1892 ; ces murs permettent une retenue totale de 18 millions de m³ ; le barrage de l'Oued Fergoud 1865-1873 retient 30 millions de m³ ; le barrage de la Djidiouïa 1875-1876 retient sept cent mille m³ ; le barrage de Meurad retient huit cent mille m³ ; enfin le barrage du Hamiz 1869-1894 retient 23 millions de m³ (capacité du réservoir en 1960). Ces ouvrages ne sont pas très hauts mais longs , souvent en terre parfois en béton , ou encore partie en béton partie en terre
Suite à ces aménagements hydrauliques, on notera alors un certain ralentissement , sinon un arrêt pendant 25 ans du programme de construction des barrages réservoirs en particulier ; parmi les motifs invoqués celui d'une retenue insuffisante, I/3 seulement des eaux des oueds en raison d'une capacité trop faible celui de l'évaporation importante mise à jour par l'expérience ainsi que l'envasement rapide ; autant de reproches qui rendent le m³ d'eau très onéreux. Cependant l'Algérie se développe, sa population augmente, les besoins se font sentir et il devient nécessaire d'engager un programme de grands barrages réservoirs sur de nouveaux principes : ce sera le programme de 1920, A la session extraordinaire de novembre 1920, les délégations financières arrêtent un programme d'une vingtaine d'ouvrages , avec des travaux de première urgence à exécuter en quinze ans . Mais dans les premières années c'est le rail qui absorbera plus des 7/8 du budget des grands travaux. Il faudra en arriver aux difficultés de l'Algérie liées aux conséquences de l'après-guerre , à la crise agricole et commerciale, pour qu'en 1924 les délégations s'opposent au programme présenté par l'administration et placent le problème de l'hydraulique au premier plan. Rapport présenté au nom de la commission interdélégataire par M. Pantaloni. Toujours dans l'ouvrage de Paul Saurin, on peut lire " l'expérience à montré que l'on doit s'attacher à réaliser une utilisation aussi complète que possible de l'eau des oueds ", et dans un discours prononcé à l'occasion de la pose de la pierre de niveau du barrage de l'oued Fodda le 10 novembre 1924, le gouverneur général Steeg souligne la nécessité d'une politique générale de l'eau.
C'est en effet par une coordination méthodique de tous les moyens d'action dont dispose l'Algérie que l'on arrivera à réaliser peu à peu ce vaste programme de 1920, au milieu de difficultés considérables qui surgissent à tous moments.
Le programme de première urgence en cinq ans est entré dans la voie des réalisations et comprend, outre divers travaux d'irrigation d'assainissement et de protection contre les eaux, l'aménagement rationnel de la plaine du Cheliff par la construction de grands (2) barrages réservoirs-. Grâce à l'action de M. Steeg et de son successeur M. Violette, plusieurs de ces ouvrages sont déjà commencés.
- Le barrage de l'Oued Fodda déclaré d'utilité publique par décret du 20 octobre 1923 est en cours d'exécution . C'est un barrage poids en béton hauteur de retenue 90 mètres, capacité 220 millions de mètres cubes, délais d'exécution 4 ans , il permettra l'irrigation de 30 000 ha.
- Le barrage du Ghrib sur le Cheliff déclaré d'utilité publique par décret du 16 septembre 1925 est du type "barrage en enrochement" hauteur 60 mètres, capacité 230 millions de mètres cubes , il permettra l'irrigation régulière de 35 000 hectares , les travaux sont commencés.
- Le barrage de la Haute Mina déclaré d'utilité publique par décret du 12 septembre 1926 hauteur 40 mètres, capacité 33 millions de mètres cubes il permettra l'irrigation de 13 000 hectares dans la plaine de Relizane.
- Le barrage des Zardézas sur le Saf Saf département de Constantine, déclaré d'utilité publique par décret du 12 septembre 1926, hauteur 45 mètres , capacité 34 millions de mètres cubes , il sera de type "en enrochement", il permettra l'irrigation de 13 000 hectares et assurera en outre l'alimentation en eau de la ville de Philippeville.
Ces deux derniers ouvrages ont été mis au concours dès leur déclaration d'utilité publique ; le délai imparti aux concurrents pour établir leurs projets et formuler leurs offres expire le I5 juin 1927.
Enfin sont à l'étude le barrage de Foum El Gueiss qui doit assurer l'irrigation de la plaine d'Edgar Quinet dans l'Aurès et plusieurs grands barrages dans le bassin de la Tafna, dans le Hodna et sur le versant sud de l'Aurès. Cette dernière programmation est une décision des délégations financières qui ajournent des constructions de lignes de chemin de fer prévues en 1920 et ajournent à 1926 les crédits pour les travaux de ports en construction ou à construire t : rapport présenté par M. Pantaloni, priorité est donnée à l'effort en matière d'hydraulique agricole.
C'est tout l'avenir des cultures irriguées qui en dépend , et de l'économie algérienne en général . Il s'agit aussi d'assurer l'alimentation en eau potable des villes et villages d'une Algérie en plein développement. Au moment où au lieu dit "les Zardézas" le premier coup de pioche va être donné, on imagine difficilement quelle somme de travail et de temps il faudra pour mener l'oeuvre à son terme. Il faut d'abord créer un organisme d'étude pour passer du projet à la réalisation . Avant de commencer les travaux il faut recruter le personnel, très nombreux, spécialisé ou non : des manœuvres, sondeurs, mécaniciens, soudeurs, maçons, menuisiers, charpentiers, coffreurs, électriciens, spécialistes des carrières et tirs de mines, ingénieurs, comptables, employés de bureau…etc. Il faut amener le matériel à pied d'oeuvre et pour cela améliorer les accès , ouvrir une route de 9 kilomètres depuis El Arrouch. Avant que ne démarrent les premiers travaux il faut créer un village dans cette vallée isolée , avec ses maisons d'habitation en bois recouvert de carton goudronné noir, les premiers préfabriqués peut-être, des bureaux, des ateliers, garages, entrepôts, commerces d'épicerie, boulangerie, glacière l'été, infirmerie, cantine ; créer des voies de communication qui rayonnent du village au chantier, ponts sur les oueds et torrents, routes à flanc de montagne, les bulldozers n'existaient pas encore ; et même quelques kilomètres d'un réseau de chemin de fer à voie étroite " Decauville ", avec ses locomotives à vapeur qui tranporteront sur leurs wagonnets souvent avec peine dans les pentes, des tonnes de sable, de pierres, de gravier et de ciment depuis les carrières ou l'entrepôt. Une centrale électrique de 500 HP. est installée, alternateurs mus par des moteurs diésels. cependant une ligne électrique haute tension sera tirée pour tranporter le courant depuis la centrale thermique au charbon de Philippeville. L'important tonnage de matériel et de ciment en provenance de France sera acheminé par la route , via Philipeville, port de débarquement à 40 kilomètres. Les bureaux d'étude du Gouvernement général de l'Algérie supervisent le déroulement des opérations . Pour ce barrage en particulier, les travaux sont conduits par l'entreprise adjudicataire, en coopération avec les services administratifs des Ponts et Chaussées . L'entrepreneur met en oeuvre son matériel et ses ouvriers sous les ordres d'un directeur, ingénieur spécialisé, tandis que les Ponts et Chaussées par l'intermédiaire d'un ingénieur T.P.E. contrôlent les travaux. Le découpage administratif rattache Zardézas à la commune mixte de Jemmapes, 26 kilomètres; mais il n'y a pas de liaison routière directe sinon des pistes muletières par les montagnes .

 

                        La route passe par El Arrouch à 9 kilomètres, c'est ce dernier village, d'ailleurs marché très important le vendredi qui draîne à lui le mouvement humain et économique du chantier. Zardézas est un petit barrage un des plus petits d'Algérie. Cependant son utilité, son rôle dans la mise en valeur de la vallée du Saf Saf seront grands. Pour le comprendre je citerai Gilbert Attard qui nous dit dans son préambule au diaporama et à l'ouvrage " Philipeville au temps jadis " :" j'ai choisi d'évoquer Philipeville au début du siècle, au temps jadis C'est l'époque où vivaient mes grands parents, poursuivant l'oeuvre de mise en valeur des riches terres des vallées du Saf Saf et du Zeramna entreprise par leurs pères. Heureux malgré leurs lourdes tâches , ils avaient foi en l'avenir ". Oui, l'avenir c'est l'adduction d'eau, la fin des rationnements pour Philipeville et tous les villages de la vallée ; en 1914 les besoins de cette ville sont évaluée à 5 000 mètres cubes/jour, il en manque 3 000. C'est avec l'irrigation,
le développement des cultures maraîchères, de la vigne et des agrumes, toutes ces belles plantations qui couvriront la plaine depuis la sortie d'El Arrouch, et Gastonville en passant par Saint Antoine et le long du Zeramna, Beni Bechir, Valée, Damremont, le domaine Barrot et Philippeville. C'est le contrôle et la régulation du débit du Saf Saf et la fin des inondations de la basse vallée. Tel seront les résultats rapides qui entraîneront l'accroissement de l'activité et la prospérité pour tous.

 

La cantine du barrage

 

Au village la cantine de l'Entreprise Ballot

 

L'adjudication pour la construction du barrage des Zardézas est donnée fin 1928, après concours, à la Société Algérienne des Entreprises Ballot qui prend en charge tous les travaux de génie civil. Les travaux débutent aussitôt, au lieu dit Zardézas, à 9 kilomètres d'El Arrouch.

Comme tous les oueds algériens, le Saf Saf est un gros torrent, à débit variable suivant les années et les saisons.

Le bassin versant en amont de l'emplacement choisi pour le barrage couvre une superficie de 34120 hectares , légèrement boisée en oliviers et maquis ; les débits enregistrés jusqu'alors vont de 50 litres/Seconde l'été à 350 mètres cubes/seconde en moyenne au cours des plus fortes crues le maximum admis comme devant être évacué se situant au niveau de 800 m³/s.

Avant même d'attaquer les fouilles dans le lit de la rivière, il faut détourner l'oued de son cours normal et pour toute la durée des travaux de construction du barrage . Pour cela la rivière est dérivée latéralement sur la rive droite par un canal ayant son origine à 150 mètres à l'amont de l'ouvrage. La rive gauche de ce canal est constituée par un batardeau en gravier avec talus et couronnement protégés par de forts perrés en enrochement, surmonté d'un rideau de palplanches. Ce canal de 28 mètres de large traverse la montagne, sur la rive droite, par les galeries de dérivation.

 

Le village avec ses maisons préfabriquées en bois-Photo S-Groud

Le village avec ses maisons préfabriquées en bois (Photo S.Groud) 

Barrage en construction côté rive gauche Photo H-Groud

Barrage en construction côté rive gauche (Photo H.Groud)

A l'origine, ces galeries ont d'abord servi à la reconnaissance des terrains. Elles seront ensuite agrandies et transformées pour les besoins des travaux, permettant un débit d'évacuation de 1000 mètres cubes/seconde en forme de fer à cheval, elles ont une section mouillée de 59 mètres carrés. Les parois sont consolidées par un revêtement en béton coffré. Surtout près de l'origine , à l'amont , les parois sont examinées avec soin , les fissures sont nettoyées et bouchées au ciment ; enfin un enduit général en gunite est appliqué sur toute la surface afin de réduire les infiltrations. En fin de travaux, l'une des galerie sera utilisée pour le passage de diverses conduites; l'autre pourra être bouchée ou prévue pour être utilisée comme galerie d'évacuation de secours en cas de,crue anormale de l'oued.

Quel type de barrage ?

A l'origine , le barrage des Zardézas est conçu selon le type "en enrochement", comprenant : un mur de pied à l'amont avec parafouille un massif d'enrochement formant le corps du barrage et reposant sur une couche de fondation en béton, un mur de pied à l'aval, un masque soutenu à sa base par un socle, ancré latéralement dans les berges et placé sur le parement amont du massif d'enrochement, enfin un dispositif de drainage général de toutes les eaux d'infiltration à travers les fondations, les encastrements et le corps du barrage. Dans leurs fonctions , le masque en béton assure l'étanchéité pour résister à la poussée, des blocs de rochers sommairement taillés sont empilés sous le masque en béton et le soutiennent; ceux placés contre le masque ne doivent pas peser moins de 600 kg. ; les vides sont comblés par de la pierre de dimensions plus petites et au fur et à mesure que l'on s'éloigne du masque, les rochers sont entassés en vrac, suivant une pente calculée pour venir s'appuyer sur un mur de pied. Mais dès le début des travaux, l'entrepreneur se heurte à deux difficultés : tout d'abord , la forme du relief s'avère peu propice pour aménager un déversoir, une fois l'ouvrage terminé , mais surtout , les fouilles mettent en évidence , une fracture dans le rocher, emplie de glaise et située à l'emplacement prévu pour le masque d'étanchéité. Devant cette surprise d'ordre géologique, les travaux sont arrêtés, et les projets doivent être repris avec une étude plus détaillée de la structure du sous-sol.

Etudes géologiques :

Ce projet de barrage sur l'oued Saf Saf avait déjà fait l'objet de diverses études géologiques préliminaires depuis 1912, ou consécutives aux premiers travaux préparatoires ces études sont reprises en 1930. Les nouvelles recherches mettent en évidence une perméabilité défavorable des verses roches et dont les travaux doivent tenir compte en y remédiant par des précautions spéciales : injections de ciment par exemple. Mais ces études montrent aussi des désignations différentes de roches et la carte officielle elle-même de 1907 ne donne qu'une représentation inexacte du terrain à l'emplacement considéré. Il faut donc reprendre les reconnaissances par de nouveaux sondages, afin de préciser exactement la nature des roches et l'ordre de leur superposition. Sur la rive gauche la catégorie la plus ancienne correspond aux grès rouges rappelant le permien et s'accompagnant d'argiles rouges et aussi de poudingues quand le grain de la roche devient galet. Ce sont des roches détritiques intimement unies en moyenne très siliceuses et d'une perméabilité généralement faible. Au-dessus de l'affleurement de grès rouge, un lambeau de calcaire compact grisâtre et peu homogène, d'origine liasique. Les grès rouges supportent d'autre part un placage de calcaire presque blanc, d'origine surtout végétale, les algues du groupe des lithothamniums ce récif phytogène présente sur sa surface des marques caractéristiques de la corrosion par l'eau de pluie. C'est le calcaire désigné comme liasique puis nummulitique Il est d'âge éocène moyen car des nummulites y sont incluses. Ce récif est dû au travail des foraminifères et des algues incrustantes. Il s'étale du reste sur le poudingue éocène qui constitue la roche la plus étendue à l'emplacement de la gorge du Saf Saf. Il est établi alors que ce poudingue y appartenant au nummulitique moyen, a longtemps constitué un barrage naturel séparant le bief amont où doit être établie la retenue artificielle, du bief aval, ne laissant à la rivière qu'un étroit passage. Et jusqu'alors, les études faites laissaient prévoir sur la rive droite une continuité brutale entre les roches, redressées et plaquées, et séparées par une faille. Au contraire, sur la rive droite, c'est le calcaire qui se trouve plaqué sur le poudingue, montrant visiblement un lambeau presque horizontal, le piton du Kef, puis une bande superficielle qui descend vers le sud jusqu'au niveau de la vallée ; ainsi le calcaire encapuchonne la masse de poudingue. La disposition des roches est presque symétrique sur les deux flancs de la vallée en amont de la gorge.

De ce fait, cette continuité du conglomérat d'une rive à l'autre par dessous le lit de la rivière, visible avant déblaiement, ne permettait pas de supposer l'existence d'une importante fracture dans le lit même. Il s'agit de la faille emplie de glaise, marne et grès , se décomposant sous l'action de l'air qui a été mise à jour au cours de la première fouille pour la construction du barrage en enrochement.

De ce fait, la formation du canon en ce point peut s'expliquer par l'existence, à hauteur d'une vieille fracture peu profonde favorisant le passage de l'eau en cet endroit, ou par un accident dû aux hasards de l'érosion dans les terrains situés au-dessous , et qui a fait s'établir la vallée fluviale à l'aplomb de la roche dure qui n'affleurait pas encore.

Les travaux entrepris sur place, montrent que la fissuration superficielle du poudingue est de moins en moins accusée à des niveaux de plus en plus bas et dans le lit déblayé, il n'y a pas trace de fissure.

A hauteur du Kef des terrains plus récents recouvrent ceux qui précèdent . Ce sont des marnes, des grès grisâtres ou gris bleus, devenus jaunâtres aux affleurements, par oxydation . Ces roches peu consistantes de l'éocène supérieur qui se transforment facilement en terre jaune ou rouge forment ce que l'on appelle le manteau de remaniement sur les pentes. La stratification de ces sédiments marneux en contact subvertical avec le poudingue au débouché et au-dessus des galeries d'évacuation horizontale au Kef, donne une indication sur la masse du poudingue sans stratification , elle est ployée en anticlinal, et le grès rouge a la même allure . A l'amont de la gorge, à la retombée du pli , le calcaire blanc descend en carapace sur le poudingue, à la verticale sur le flanc nord, déversé sur le flanc sud, sous forme de pli faille. Ainsi dans le cañon, une masse de roches compactes, moins fissurées et peu perméables traverse le lit de la rivière et forme sur les deux flancs deux points d'appui robustes La roche saine à fissuration minima sur la rive droite garantit une bonne étanchéité ; sur la rive gauche, l'épaisseur du poudingue est réduite, la roche sous-jacente fissurée, la masse rocheuse a même la forme d'un éboulis, il faudra entreprendre des injections de ciment pour assurer l'étanchéité.

Le barrage poids

Les recherches géologiques ont donc mis en évidence la présence de roches pouvant servir de socle et de butée à un barrage. Prenant en considération ces nouvelles études l'entrepreneur décide alors de reporter la construction 40 mètres en aval, et de construire un barrage de type "barrage poids". Il s'agit alors d'une barrière en béton encastrée dans le cañon et qui résiste à la poussée de l'eau par son propre poids uniquement; les travaux reprennent rapidement, l'entreprise Ballot a toujours son matériel en place. Avec le retard apporté par ces surprises géologiques nous sommes déjà en I933. Le socle du barrage est coulé dans le lit de la rivière et bientôt jusqu'à une hauteur de 30 mètres s'élèvent les trois secteurs centraux de 6 grades, encadrés par les tours à béton Coméra de 75 mètres sur la rive droite et Hibag de 100 mètres sur la rive gauche tandis qu'en amont on aperçoit le socle en béton du premier projet. C'est alors que pour avoir en crête une largeur de déversement suffisante pour le débit envisagé, 1000 mètres cubes par les vannes automatiques, on entreprend de faire sauter sur la rive gauche, une masse erratique de rochers, constituée par du poudingue et que les études géologiques de I930 signalaient en faible épaisseur; elle paraissait détachée et sans relation avec la masse principale, constituée par des grés rouges tendres et se désagrégeant sous l'action de l'air. Ces déblais entraînent alors un éboulement à forme lenticulaire dont le cube exact n'a pu être évalué. C'est qu'en réalité, la masse de poudingue dégagée servait de support à la montagne, grosse masse d'éboulis qui se met en mouvement dès que la cale saute. Momentanément arrêtés, les travaux reprennent cependant sans trop de retard ; on essaye de fixer la masse en mouvement par des injections de ciment ; cette tentative est rapidement vouée à l'échec, le glissement est trop rapide. Une nouvelle fois la construction est arrêtée et pour une période assez longue Il faut faire de nouvelles reconnaissances de terrain sur la rive gauche. Le flanc rive gauche est sondé, une galerie percée dans la montagne pour rechercher une masse stable, tandis qu'en surface, des levées et mesures sont entreprises pour étudier et déterminer le mouvement du terrain. Ces travaux, très poussés, durent près d'un an et demi, et aboutissent à la reconnaissance de la masse stable; on identifie dans ce volume, à une distance compatible avec les travaux, un massif de calcaire sain qui permet de donner au barrage un appui solide.

Secteurs centraux du barrage en construction

Secteurs centraux du barrage en construction. On peut voir la galerie prévue pour les
visites de l'ouvrage et les puits des flotteurs des futures vannes de crête.
(Photo Groud)

Barrage en construction-côté rive droite

Barrage en construction, côté rive droite - centrale à béton -
en arrière du barrage le mur de pied amont du premier projet
(Photo S.Groud)

La construction reprend donc au cours de l'année 1934, mais le deuxième projet de barrage est cependant reconsidéré dans ses dimensions et sa forme. En effet, par mesure de sécurité, sa hauteur est réduite, réservant l'avenir pour une surélévation éventuelle. Les trois secteurs centraux déjà coulés sont coupés pour réduire leur hauteur de 5 mètres. Désormais , les travaux vont se poursuivre sans obstacle sur la rive gauche, la masse de calcaire sain, déportée en aval , nécessite une exécution en fouille blindée, de 9 grades à 17 grades 40 dans les repérages, d'un secteur complémentaire de 8 grades 40 qui allonge dissymétriquement le barrage. Enfin pour assurer sur le flanc de la montagne, la stabilité des terrains en mouvement, des remblais sont effectués entre ces terrains.

Les essais ayant donné satisfaction, et les travaux terminés dans la cuvette réservoir, les galeries sont définitivement fermées. Celle située tout contre le flanc de la montagne est obstruée à l'amont par un bouchon en béton, encastré dans le rocher sur une profondeur de 2,40 mètres et 1,50 mètre de large; sa paroi amont est revêtue d'un enduit protecteur. L'autre galerie est utilisée pour le passage des conduites forcées : alimentation de Philippeville, vidange de fond et irrigation. Ces trois conduites ont leur origine dans la tour de prise d'eau qui abrite les appareils de manoeuvre pour l'ouverture et la fermeture de leurs vannes.

Contre-barrage et tirants

Les dernières coulées de béton sont consacrées au contre-barrage qui a pour rôle d'amortir la force vive des eaux déversantes et d'éviter les affouillements. Implanté sur le pied même du barrage, il dresse ses dents vers le déversoir et sur toute la largeur du secteur déversant. Une deuxième ligne, plus en aval, sert de déversoir aux eaux bouillonnantes.

Pour assurer la tenue du contre-barrage et sa résistance à la force vive des eaux, chaque dent est renforcée par un tirant de 150 tonnes : il s'agit de câbles tendus à la verticale entre le rocher sous-jacent et le béton; enfin 12 tirants de 600 tonnes plaquent la maçonnerie du contrebarrage au pied du barrage. D'autre part, côté rive gauche, 4 tirants de 1200 tonnes ont un double rôle : ils rendent solidaires le tandem contrebarrage - pied du barrage et servent d'arcs-boutants à l'édifice lui-même ; sur cette rive ce dernier repose sur une masse rocheuse en pente vers l'aval ; les tirants de 1200 tonnes appliquent l'ouvrage sur son piédestal. Cette méthode de consolidation aurait été employée au barrage des Cheurfas ; ce dernier glissant sur sa base naturelle aurait été stabilisé sur son socle par des tirants qui traversent le béton et s'enracinant à grande profondeur avec une légère inclinaison, empêchent tout mouvement de glissement ou de bascule.

Derrière le barrage, au pied du piton rocheux du Kef, la tour de prise d'eau est implantée à l'origine des conduites forcées, dans le réservoir. Construite en même temps que le barrage , elle reçoit ses derniers appareils : commandes électriques des vannes de pied amont, transmissions, portes, grilles.

Les vannes automatiques seront installées aussitôt après la guerre de 39-45, en 1949; derniers travaux de maçonnerie, les piles servant de support aux vannes seront coulées, les vannes mises en place , et enfin une charpente en béton armé franchit les pertuis en s'appuyant sur ces piles. En 1953 on équipe cette passerelle d'un garde-fou métalliques.

Caractéristiques finales de l'ouvrage terminé

Le barrage des Zardézas est terminé. Après dix ans d'efforts et de travail, de fouilles et de bétonnage, il entre dans sa phase utilitaire en 1939 avec sa mise en eau définitive.

Quelles sont alors les caractéristiques de l'ouvrage ?
- vu de face, il a 170 mètres de large en crête et 55 mètres au talweg
- il a nécessité environ 150000 tonnes de ciment et 3000 tonnes de fer
- l'épaisseur de la voûte est de 37,50 mètres à la base.
- l'inclinaison sur la verticale est donnée par un fruit amont de 5%
- l'inclinaison sur la verticale est donnée par un fruit aval de 75%
- haut de 33,75 mètres, il s'élève en flèche au-dessus du terrain nature selon le type triangulaire.
- il présente un seuil de déversement à la côte I85,75 et les vannes automatiques permettent d'élever le plan d'eau jusqu'à la côte 189,75
- à la côte 185,75 le cube d'eau emmagasiné est de 14 1/2 millions de mètres cubes et la surface libre du lac atteint 174 hectares; à la côte 189,75 la capacité de retenue passe à 18 1/2 millions de mètres cubes et la surface du lac à 196 hectares .

Ce barrage a été conçu de telle sorte que la tenue de l'ouvrage ne puisse d'aucune manière être mise en défaut par une crue exceptionnelle si le niveau de l'eau venait à atteindre la cote 203. La marge de sécurité est donc large, si l'on sait que les vannes automatiques ouvertes à 4 mètres peuvent évacuer 1095 mètres cubes/seconde, pour une crue maxima évaluée alors à 800 mètres cubes/seconde.

(1) Pfeiffer et Assant, Alger 1927
(2) Selon la terminologie internationale un grand barrage doit dépasser 15 mètres, de hauteur; Sud-Ouest du 17-08-87, "Les veilleurs de barrages" J. P. Deroudille.

In l'Algérianiste n°59 de septembre 1992

Les Vannes Automatiques

Au sommet du barrage, le déversoir est équipé de cinq portes métalliques qui retiennent encore l'eau du lac sur une hauteur de 4 mètres : ce sont les vannes automatiques. Elles évacuent le surplus des crues de la rivière et des torrents du bassin de réception et peuvent maintenir la hauteur d'eau à un niveau constant
La largeur disponible de l'ensemble des cinq vannes au total est, de 55920 mètres soit
- 3 vannes de 10,20 mètres
- 1 vanne de 12 mètres
- 1 vanne de 12,60 mètres
L'étanchéité est réalisée par la poussée de l'eau sur des joints, en cuir formant clapets sur les surfaces de frottement et sur le sommet du déversoir elle est remarquable pour les dimensions en cause, les fuites sont extrêmement rares et insignifiantes puisque le petit bassin formé par le barrage et le contre-barrage n'est jamais plein.
L'ouverture des vannes dans un mouvement vertical est automatique ou commandée par l'homme, individuelle ou simultanée pour les cinq portes Dans le fonctionnement automatique les vannes s'ouvrent soit individuellement, soit d'un même mouvement actionnées par la poussée hydrostatique sur des flotteurs. Le mouvement vertical des flotteurs est transmis à la porte, dans le même sens, par un système de bras de leviers qui démultiplie et rend le déplacement très doux. Chaque vanne est équipée de deux flotteurs en béton d'un volume de sept mètres cubes ; théoriquement elles sont équilibrées pour une immersion des flotteurs à 50%, ce qui donne pour chacune d'elle une poussée de 7 000 kilogrammes. La chambre des flotteurs reçoit et évacue l'eau par des petites vannes qui débouchent sur les faces amont et aval du barrage. Vannes automatiques fermées, la chambre est vide et les flotteurs reposent sur le fond pour les ouvrir, il suffit d'admettre l'eau dans la chambre des flotteurs, l'ouverture est alors fonction du niveau d'eau admis ; le déplacement de ces flotteurs est guidé dans leur couloir par des montants en bois fixés au mur de béton et servant de glissières
Les cinq vannes permettent un débit de 1400 mètres cubes/seconde à 5 mètres d'ouverture, soit une évacuation rapide des surplus, même pour de très fortes crues ; d'autre part, le système de vases communicants qui agit sur les vannes établit une relation très précise entre le niveau d'eau dans le lac et leur hauteur d'ouverture.
Même lorsque l'eau du lac n'atteint pas le niveau du déversoir ces vannes sont conques pour fonctionner avec le système hydrostatique, ce qui permet des révisions ou réparation en été. Ce fonctionnement peut être obtenu jusqu'à la côte 178, soit pour un niveau situé à 7,75 mètres sous la côte du déversoir.
L'ouverture peut être commandée à la main ; chaque vanne est équipée de deux commandes symétriques, à hauteur des contrepoids et comme pour un palan, deux hommes sur un balcon en contrebas actionnent chaque chaîne il faut exercer une force de 7000 kilogrammes, le mouvement est très démultiplié et pénible: pour ouvrir une vanne de vingt centimètres il faut un travail de près de vingt minutes à quatre hommes. En réalité, cette commande à la main n'est qu'une manoeuvre de secours et n'a pas servi jusqu'alors pour une évacuation de crue.
Enfin, un équipement électrique récent (59-60) permet une ouverture maximum en une heure

LA TOUR DE PRISE D'EAU : 

Ce sont les ateliers Neyret, Beylier et Piccard-Pictet dit "NEYRPIC" de GRENOBLE qui usinent et mettent en place l'ensemble des installations conduites forcées, fermetures à l'extrémité de chacune d'elles et leurs appareils de manoeuvre.
Les trois prises d'eau dans le réservoir, vidange, irrigation, alimentation sont commandées depuis la tour.
L'irrigation et l'eau d'alimentation partent de l'intérieur de la tour où le niveau de l'eau est celui du lac. A différents étages des grilles avec vannes sont prévues à cet effet, jouant ainsi un premier rôle de filtre pour les gros débris végétaux et permettant de prendre l'eau plus ou moins près de la surface libre du lac-réservoir , premier bassin de décantation naturelle . Il s'agit de capter à la fois une eau aussi décantée et aussi fraîche que possible.
La conduite de vidange passe sous la tour et prend l'eau à son pied, directement au fond du lac. Une porte métallique dite vanne de garde sur rail , commandée de la tour permet d'ouvrir ou fermer- la prise d'eau de 2,60 mètres sur 2,30 mètres, en général elle est toujours ouverte, seule la vanne papillon en aval est fermée ou règle le débits au cours des lâchers. La porte amont n'est utilisée que par nécessité, réparation et entretien intérieur de la conduite ou du papillon, et ce afin de ne pas détériorer par des manoeuvres trop fréquentes les joints en cuir qui assurent l'étanchéité aux surfaces de frottements. Enfin cette prise directe de vidange permet d'évacuer par des lâchers dits "chasses" une partie des dépôts amenés par les eaux au pied du barrage ; on évalue à I/200 des débits liquides les matières solides amenées par les crues.
Avec les premières chaleurs les culs-blancs viennent nicher dans tous les recoins de la tour et à cette même époque, les barbeaux, très nombreux remontent en surface et rôdent le long des maçonneries ; c'est qu'ils sont à l'affût des détritus et excréments lâchés par les oiseaux ; au moindre " ploc" ils bondissent et se disputent cette pâtée tombée du ciel : le "bromège" est naturel, un poste pour la pêche aussi. Il suffit de se camoufler dans la barque de l'administration et de lancer la ligne amorcée avec une petite sauterelle ; au "ploc" dans l'eau, le poisson se jette dessus et avale sans tergiverser. Cependant les barbeaux comprennent vite la "musique" et il faut changer de place. Quant aux qualités culinaires du roi de nos rivières il paraît souhaitable de les compléter... (!) par l'emploi d'une recette adaptée : bien assaisonné, accompagné d'aromates et délivré de ses arêtes , on peut le déguster.

 

Le barrage équipé des vannes de crête

Le barrage équipé des vannes de crête, vue aval depuis la rive droite (Photo H.Groud)

LES VANNES DE VIDANGE ET D'IRRIGATION

La vidange et l'irrigation sont assurées par deux conduites forcées sur la rive droite , elles suivent une des galeries percée à cet effet aboutissent au pied du barrage , en aval du contre-barrage, et rejettent l'eau directement dans la rivière.
Ces conduites sont fermées aux deux extrémités amont et aval par des portes qui peuvent être commandées séparément, ce qui par l'aval, permet les visites d'entretien ou les réparations.
Le système de fermeture aval est constitué par des portes circulaires pivotant autour d'un axe horizontal suivant le procédé technique appelé "vanne papillon".
La vanne de vidange a 2,40 mètres de diamètre et permet un débit de 85 mètres cubes/seconde , pour l'irrigation une vanne de 0,80 mètre qui peut débiter 15 mètres cubes/seconde, le barrage à la retenue maxima .
Les vannes de vidange et d'irrigation sont commandées électriquement, un fonctionnement de secours à la main est possible. Pour palier les éventuelles pannes de secteur, un projet prévoyait l'installation d'une turbine sur une conduite forcée, actionnant un alternateur qui aurait pu assurer les besoins en énergie du barrage pour les appareils de manoeuvre et l'éclairage. Le devis établi n'a pas été retenu faute de crédits et le projet n'a jamais été réalisé.

ALIMENTATION EN EAU DE PHILIPPEVILLE ET DES VILLAGES

Après sa sortie de la tour, l'eau subit deux traitements : l'un mécanique, l'autre chimique.
- Le traitement mécanique :
La conduite peut recevoir un débit maxima de 8 000 mètres cubes par 24 heures. Dans la réalité, le débit moyen est de 6000 mètres cubes/24 h. Mais si l'eau passait directement du réservoir dans le tuyau d'alimentation celui-ci sauterait sous l'effet de la pression, ou bien il faudrait équiper toute la distance en conduite forcée. Aussi pour amortir cette pression, l'eau est amenée dès sa sortie du réservoir à la chambre brise-charge. Là, sous l'effet de la pression , l'eau jaillit par un robinet pointeau en un jet continu de 245 millimètres; dans l'axe du jet, sur la paroi opposée du bassin , un pointeau scellé dans la maçonnerie pulvérise ce jet; l'eau bouillonnante est recueillie dans un premier bassin , puis s'écoule par un déversoir dans un second bassin d'où elle s'engage dans une conduite de 500 millimètres à la côte 160,50 pour être dirigée vers la station de filtrage en passant sous le lit de la rivière . Pratiquement, la pression de l'eau n'est donnée alors que par la dénivellation du terrain entre cette altitude et le point considéré
- le traitement chimique
Après un parcours de 500 mètres, la conduite atteint la station de filtrage sur la rive opposée de la rivière.
L'eau passe en premier lieu dans une série de deux bassins dits "bassins de réaction et décantation"; pendant son séjour, elle y subit un traitement chimique au sulfate d'alumine. Ce produit est un coagulant destiné à faire précipiter les boues, un activateur de la décantation. Sous l'effet du sulfate d'alumine, il se forme des flocons blancs ou blanchâtres qui se déposent. L'eau passe alors au filtrage.
Les filtres sont répartis en huit bassins. Dans chaque bassin, un treillis métallique très serré et épais est recouvert d'une couche de sable.

Photo H-Groud

(Photo H.Groud)

LE VILLAGE ET SA POPULATION

Pendant les travaux de construction, la population européenne atteint quatre-vingt personnes environ ; communautés d'origines diverses l'image de l'Algérie on y trouve des français de métropole ou d'Algérie, des italiens, des espagnols, des maltais, des autochtones des douars environnants et des marocains installés au lieu dit "le camp marocains" où ils ont montés leurs habitations - Mais à ceux qui habitent le village s'ajoutent les employés du chantier qui résident à El Arrouch. L'institutrice part, on dirait aujourd'hui en week-end, souvent le samedi après la classe pour Constantine ou Philippeville et quelquefois le lundi matin les élèves apprécient une récréation imprévue quand, correspondance manquée ou défaut du taxi à la gare d'El Arrouch elle arrive quelque peu en retard.
Pratiquement nulle après la f'in du chantier, la population européenne variera par la suite et suivant les périodes ; on pourra en compter de dix à vingt de 57 à 62, des fonctionnaires des Eaux et Forêts, du Service de l'hydraulique, de l'Education Nationale, des Services Municipaux et de passage les techniciens des entreprises qui sont engagées dans des travaux.
La population musulmane s'élève à 5000 habitants en 1962, réparties sur tout le territoire communal, en mechtas sur les sommets environnants d'Aïn Jdida, du Kebbous… ou près des sources 400 habitants résident au village ; le peuplement est essentiellement fait du douar Hazabra et quelques éléments des douars environnants (1).
La présence de vestiges atteste une implantation de l'époque romaine : à Zardézas, un cimetière près de la rivière sur la piste d'Aïn Adar, et vers la source d'Aïn Jdida des débris de tuiles, pierres taillées et assez souvent pièces de monnaie.
Les distractions sont rares ; on se déplace à Constantine ou à Philippeville le dimanche quand on dispose des moyens de locomotion. Un terrain de tennis a été installé, on pratique aussi le football ou la partie de boules devant la cantine. La pêche, mais surtout la chasse aux perdreaux et sangliers procurera beaucoup de plaisir aux amateurs dans cette contrée giboyeuse. C'est au cours d'une de ces parties qu'Ali Boujdida employé au barrage depuis ses débuts et qui sera le premier maire de la commune, racontera à mon père sa surprise en voyant débouler un lynx; il ne le tira pas. Avec l'été, quand le lac de retenue fera, miroiter ses premières eaux, quelques courageux s'y baigneront.

En 1939 comme en bien des points du territoire, les préparatifs de la guerre sont visibles; craignait-on déjà un bombardement ? Des tranchées sont creusées et numérotées dans les pentes à l'écart et au-dessus du village et les habitants y reçoivent une affectation. A l'appel de mobilisation les hommes les plus jeunes partiront tandis que d'autres, plus agés assureront souvent la garde des ponts, voies ferrées ou lignes téléphoniques du secteur avec un vieux ''LEBEL" . Et dans la nuit du 2 septembre 1939, jour de l'entrée en guerre, sans docteur ni sage-femme, nous aurons une naissance à Zardézas, avec l'aide des voisins , tandis que le père mobilisé -39 ans et trois enfants- rejoignait la caserne du 3ième Zouaves à Philippeville.
La première école ouvre ses portes en 1931 avec la création d'un poste une classe de 25 à 30 élèves ; elle se maintiendra jusqu'en 1940. A la fin des travaux, l'entreprise Ballot démonte le bâtiment scolaire préfabriqué qui lui appartient : l'école ferme ses portes. Suite au débarquement des anglo-américain en A.F.N. et consécutif aux bombardements de Philippeville et de son port, des familles dont une institutrice se réfugieront à Zardézas ; brève reprise en I342-43, cette enseignante repliée de Tunisie fera fonctionner une classe pendant un an.
Il faudra attendre 1958 pour que l'école ouvre nouveau avec, une première classe de 40 élèves. Pour démarrer, deux bâtiments "Fillod" en tôle de deux classes-préau chacun et deux villas seront progressivement montés. Puis un bâtiment en dur dont la construction avait été arrêtée en 1955 avec les "événements" sera repris et achevé en 1960-61 avec deux classes en rez-de-chaussée et deux appartements à l'étage ; l'ensemble , sur trois niveaux encadre la cour située au niveau intermédiaire de plain-pied avec la rue . Sur sept classes, deux fonctionneront en mi-temps. En 1962, avec sept classes et près de 350 élèves, en des jours sombres et difficiles, l'activités scolaire et pédagogique sera assurée jusqu'au 30 juin après avoir procédé à la distribution des prix .
Nous quitterons le barrage tous ensemble, et Ali Boudjdida qui nous attendait à la sortie du village en nous disant "au revoir" ajoutait "vous reviendrez à la rentrée ?"

 

L'activité ordinaire

les crues sur le barrage

L'activité ordinaire
et les crues sur le barrage

Après le vacarme journalier des concasseurs, des tirs de mines annoncés par la trompe, des locos et pelles à vapeur , le silence est retombé sur la vallée - Seul s'élève dans le soir la flûte ou le chant d'un berger qui rentre avec ses troupeaux ou encore c'est l'écho d'un appel qui résonne d'une montagne à l'autre.
Avec l'achèvement du chantier, toutes les installations disparaissent des baraquements ne subsistent plus que les socles en béton, seuls se maintiendront les deux bâtiments en dur de l'administration et de l'entreprise qui abritaient les bureaux. Quelques ouvriers permanents assureront la surveillance et l'entretien. Quand il le faudra, un responsable viendra de Philippeville de jour ou de nuit . Les observations en provenance du barrage sont communiquées au bureau du Service de l'Hydraulique de Philippeville qui les enregistre et donne les ordres.
Au cours des crues, les eaux qui ravinent les pentes du bassin versant entraînent dans le lac quantité de détritus et de terre… et pour éviter l'envasement au pied du barrage en aval, on effectue des lâchers successifs par la vanne de vidange. Seule une bien faible partie des dépôts est ainsi évacuée et l'efficacité de la méthode est discutée.
Pâques 1953, le barrage est presque plein, encore quelques centimètres de hauteur d'eau et celle-ci passera par-dessus les vannes automatiques. Avec le beau temps, la crue est très faible, l'eau ne monte que de deux à trois millimètres par heure. Pour évacuer la quantité invraisemblable de détritus végétaux qui s'est accumulée à la surface tout contre les vannes le service laissera l'eau s'écouler par dessus les portes.
En temps normal, l'activité est réduite : entretiens divers en maçonnerie, peinture, mécanique et surveillance des appareils enregistreurs, garde des installations. La station de filtrage de l'eau d'alimentation occupe deux ouvriers pour la surveillance et l'entretien, le nettoyage des filtres et cuves.
Il n'en fut pas de même durant l'hiver 1953 , à la suite de conditions atmosphériques défavorables : pluies importantes pendant plus d'une semaine Le Zeramna dont le confluent avec le Saf Saf se trouve tout près de Philippeville a gonflé démesurément au-delà de ses possibilités d'évacuation . Pour pallier ce danger connu un tunnel a été percé sous la montagne du Skikda. Mais la crue est trop forte, les eaux débordent, rompent les digues, inondant la vallée et les faubourgs de la ville Pour éviter que la catastrophe ne prenne des proportions plus grandes les vannes du barrage des Zardézas sont maintenues fermées malgré la montée du niveau des eaux arrivant du bassin versant, et ce afin de laisser passer au maximum l'onde de crue du Zeramna. Le barrage a servi de tampon et quand l'ordre d'ouverture des vannes a été donné, il passait près de 15 centimètres d'eau par-dessus leurs bords supérieurs.
Autrement plus violente sera la crue de 1957, les 22 et 23 novembre. Pour l'ensemble du périmètre contrôlé soit 115 000 hectares on enregistre une chute de pluie évaluée à 200 millions de mètres cubes.
- bassin de réception 80 millions de m³,
- bassin aval 120 millions de m³,
et la pluviométrie enregistrée au barrage pendant la période septembre - octobre - novembre 1957 atteint 630,8 millimètres.
La situation traduite par les nombres se présente ainsi : le cube de la crue est de 47 704 912 mètres cubes.
Les manoeuvres exécutées sont celles qui habituellement évitent la conjonction des crues Zeramna-Saf Saf à l'embouchure.
Le 22 à 9 heures 17, la côte d'alerte est atteinte et les vannes automatiques entrent en fonctionnement.
- entre 8 et 9 heures : 1 443 874 mètres cubes arrivent dans le lac
- à 9 heures 30 les vannes ouvertes lâchent 1 418 m³/Seconde (1)
La capacité du réservoir étant atteinte, ce débit représente rigoureusement la quantité d'eau qui se déverse dans le lac ; la sensibilité du système de fonctionnement automatique permet cette précision. Une variation de débit qui va atteindre 1m³/s/s dans la rivière entraîne un front de crue très violent, à l'origine des dégâts les plus sévères : inondation la plus importante, érosion, des hectares emportés le long des berges, dépôts limoneux dans les plantations et sur les voies de communications.
Au pied du barrage l'oued déborde de son lit, emporte la moitié de la place du marché et le vieux pont en bois
L'alerte donnée dès le 21 à 9 heures 30, l'inondation des terres débutera le 22 vers 13 heures 30. La submersion durera environ 24 heures. Aux plus hautes eaux, 4 700 hectares sont recouverts et on note 0,80 mètre à 1 mètre d'eau sur l'aérodrome de Valée . La route Philipeville-Constantine est coupée.
Des débits de cette importance, atteignant en pointe 1 400 mètres cubes seconde sont heureusement rares ; c'est le premier enregistré depuis que le barrage est en eau, c'est peut-être ce que l'on appelle "la crue millénaire".
Afin d'éliminer ou de réduire au mieux ce danger des crues brutales des travaux sont entrepris , certains déjà en cours sont accélérés et d'autres mis à l'étude.
Citons :
- le reboisement du bassin versant ; nécessaire mais de longue haleine En parallèle l'aménagement de banquettes de différents types en courbe de niveau et plantations d'arbres , essentiellement eucalyptus, frênes, pins d'alep, cyprès, casuarinas, acacias éburnéa en bordure . La D.R.S. créée par la loi du 2 février 1941 conduit ces travaux ; ses rapports font état pour l'ensemble du territoire de 1 500 hectares entraînés par an à la mer et perdus. Ce qui témoigne de l'urgence de ces travaux.
- protection des berges et talus à vif, disposition de gabions pour briser la force vive du flot, amélioration de la couverture végétale.
- surélévation de l'ouvrage de 10 mètres, pour un meilleur amortissement des crues par augmentation de la capacité du réservoir de 11 millions de mètres cubes. En 1962, l'envasement est tel que les mesures faites permettent de dire que la capacité réelle est passée de 18 ½ millions en 1940 à 11 millions de mètres cubes, le minimum nécessaire pour assurer l'alimentation en eau potable : 2,5 millions de m³ et l'irrigation 7 800 000 m³ . Une capacité de retenue supplémentaire de 11 millions de mètres cubes aurait ramené la crue de 1957 à un lâcher de 380 m³/s.
A l'automne de 1958 le personnel constate, au cours d'une manoeuvre habituelle de contrôle que la vanne de garde ne ferme plus. Tous les essais s'avèrent vains et les vérifications effectuées sur les appareils de commande et de transmission ne révèlent rien d'anormal. L'état-major du S.C.H., de l'ingénieur responsable à Philipeville à l'ingénieur en chef à Constantine en passant par le personnel technique en place participent à des réunions de travail sur le chantier : toutes sortes d'hypothèses sont envisagées, un plongeur avec scaphandre autonome effectue plusieurs plongées de reconnaissance mais l'eau est si trouble qu'il ne parvient pas à identifier la nature de l'incident. Et pourtant, la situation pour des raisons de sécurité ne peut se prolonger indéfiniment. En désespoir de cause une seule hypothèse est retenue sans avoir pu être vérifiée : les tirs de mines de la carrière au-dessus, auraient projeté des pierres de dimensions importantes et celles-ci seraient coincées sous la porte ; les faits et risques encourus avaient d'ailleurs été signalés en son temps aux artificiers et responsable.
Un seul recours pour résoudre le problème : vider le barrage. La décision est prise et la période climatique favorable attendue : crue de la rivière assez faible pour ne pas contrarier la vidange, suffisante pour remettre en eau rapidement et réalimenter la conduite de Philipeville enfin assez tôt pour assurer le remplissage du lac avant l'été.
L'opération est déclenchée le 22 décembre. Elle se déroule sans incident et vérifie l'hypothèse retenue ; les obstacles sont rapidement dégagés, et après une ultime vérification, la remise en eau est engagée le soir même Ce sera l'occasion de constater l'état d'envasement important du réservoir et pour certains de faire une pêche miraculeuse en quantité et taille de barbeaux et anguilles prisonniers de la boue en aval du barrage dans le lit de la rivière .

Les transformations et travaux de 1940 à 1962

L'envasement est le fléau qui menace rapidement le barrage, comme tous ceux d'Algérie d'ailleurs ; rappelons que sa capacité de 18 ½millions de m³ est tombée à 10 ½ - 11 millions de m³. , c'est une chute énorme. En 1953, des sondages sont effectués dans le lac pour déterminer l'importance exacte des dépôts ; des échantillons d'eau sont d'autre part prélevés journellement en divers points du lac et à différentes profondeurs, ainsi qu'à la jonction de la rivière avec le lac. Ces prélèvements sont envoyés à Alger pour être étudiés et déterminer la nature et les proportions d'alluvions charriés par la rivière et la forme de cet envasement.
Si les Services des Eaux et Forêts et de la D.R.S. procèdent à des aménagements de banquettes et de reboisements, seuls les terrains d'Etat sont traités en général. Les particuliers peuvent en bénéficier, subventionnés à 80%, mais la demande est pratiquement nulle pour des raisons que l'on devine.
Augmenter la capacité du barrage est un objectif, le projet initial ayant été rabaissé de 10 mètres pour permettre dans le temps une observation sur la solidité des assises et butées ; des études sont donc menées en vue d'une surélévation . Afin de déterminer les mouvements de terrains, s'ils existent, et leur importance, des repères ont été scellés sur le barrage et aux environs immédiats dans un rayon de 200 mètres. Dans la zone d'éboulement rive gauche, les observations sont faites par intersection de repères isolés permettant de suivre les déplacements et de les préciser ; la levée stéréotopographique donne une très grande précision graphique sur l'allure générale d'éventuels mouvements en x,y,z, Les calculs analytiques sont exécutés au 1/10ème de millimètre avec table à 6 ou 8 décimales et le graphique à l'échelle 10/1. La superficie totale de l'éboulement rive gauche à étudier est de un hectare vingt-cinq. Les mesures sont exécutées au théodolite et niveau WILD; le fil à mesurer et la mire sont en métal invar ; la précision en planimétrie est de 1/10ème de millimètre par portée au fil invar sur 100 mètres ; dans la mesure de l'angle de deux directions : 2 secondes centésimales
Ces auscultations périodiques, pour les mouvements altimétriques et latéraux sont effectuées par la Société Française de Stéréographie de Paris pour le Service Central des Etudes Générales et Grands Travaux du Service de la Colonisation et de l'Hydraulique (S.C.H.). Trois séries de mesures sont exécutées en septembre 1952, février 1953, mai 1953 ; de nouvelles mesures sont faites en 1961 .
Rien ne semble s'y opposer, la surélévation est sur les rails, et c'est une nécessité.
L'alimentation en eau potable est aussi un problème qui n'est jamais définitivement résolu avec l'augmentation de la population, donc des besoins Des travaux entrepris depuis 1955 améliorent le débit de la conduite ; des pompes et un bassin relèvent le niveau de départ de 28 mètres ; l'augmentation de pression se traduit par un débit qui passe de 100 l/s. à 140 l/s. ; on est alors à la nouvelle capacité maxima de la conduite, soit environ 11 000 m³/ jour.
La station de filtrage a été transformée suivant le procédé C. Chabal et Cie, ainsi les traitements de l'eau dans leur forme mécanique et chimique d'une part et leur rapidité d'autre part sont améliorés ; le coagulant utilisé pour la décantation est le sulfate ferrique à la dose de 20 g/m³ ; les décanteurs à lit de boue et pulsations sont des plus modernes ; les eaux sont ensuite filtrées par une couche de sable calibré de 0,5 à 1,3 millimètres sous 80 centimètres d'épaisseur. Le traitement chimique est réalisé par une javellisation au chlore gazeux. Mais à l'arrivée aux citernes, les eaux sont traitées une nouvelle fois pour pallier les risques de pollution sur le trajet.
L'irrigation a donné lieu à de nombreuses études : réseau de canalisations enterrées ou à ciel ouvert par seguia distribuant l'eau dans toute la vallée ces différents projets se sont toujours heurtés à un cotât trop élevé. C'est finalement un système intermédiaire qui se met en place. Toujours lâchée depuis le barrage dans la rivière, l'eau est pompée à partir de stations exploitées par l'Administration et menée en tête de chaque propriété. Les autorisations de pompage par les particuliers sont supprimées La station de Saint-Charles est prévue pour entrer en activité fin 1962.

Notes complémentaires

- Situation de la réserve
au 1-9-60 8 528 000 m³
au 1-9-61 3 728 000 m3
au1-9-62 7 32I 000 m3

Les graphiques permettent de constater que :

57-58 représente une année particulièrement pluvieuse
60-61 sécheresse catastrophique pour le bétail et l'agriculture
61-62 hauteur moyenne des précipitations
Stations de Pluviométrie de l'arrondissement de Philipeville
Philipeville
Ecole d'Agriculture
Aérodrome
Saint-Charles
Sidi Mezrich
Conde Smendou
Barrage des Zardézas ; altitude de la station 180 mètres
Bou Snib : un pluviomètre enregistreur.

Conclusion

            Zardézas n'est pas un ouvrage monumental, une oeuvre exceptionnelle que retiendra la postérité, non ; il représente cependant un symbole, celui de la volonté et de la ténacité des hommes enracinés dans ce pays à vaincre toutes les difficultés pour qu'émerge l'Algérie.
            Après les pionniers et l'aventure de la conquête, après le temps des bâtisseurs, venait celui de l'ouverture à la modernité, aux techniques de pointe comme on peut le constater aux dernières heures de l'Algérie française avec la construction et la mise en service du barrage de Meffrouch dans l'ouest algérien ; ainsi nous pouvons lire dans "la Dépêche de Constantine" des premières heures de l'indépendance : "Le barrage de Meffrouch, près de Tlemcen, a été mis en eau hier matin. Edifié dans l'ouest algérien à quelques kilomètres de Tlemcen, sous la direction d'ingénieurs français qui ont utilisé un procédé révolutionnaire, la préfabrication, pour la construction d'un barrage de 22 mètres de haut et 530 mètres de long en crête . Unique au monde dans sa conception, il assurera notamment l'alimentation en eau potable de la ville de Tlemcen et de la zone industrielle d'Oran-Arzew: capacité vingt millions de mètres cubes".
            Ainsi le peuple Pied-Noir, poussé par le "vent de l'histoire", quittera sa terre natale , abandonnant non pas des vestiges ou des ruines , mais la trace concrète des joies , des souffrances, du travail acharné des hommes sur ce sol fécondé de leur sueur et de leur sang , sur ce sol où ils avaient gagné le droit de vivre.

(1)- Les nombres cités concernant la crue de 1957 sont tirés des notes prises par Serge GROUD sur le barrage alors que dans des conditions de travail particulièrement difficiles abri et éclairage précaires pendant la nuit, sous les averses, il surveillait la montée des eaux et préparait les manoeuvres pour faire face à une situation qui devenait délicate et jamais rencontrée ; (montée des eaux de 4cm par minute)

in l'Algérianiste n°60 de décembre 1992

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