par son Vice-président, Michel Delenclos Chercheur en histoire

Les MOTS des uns les MAUX des autres.

Chers Amis de l’Amicale des Pieds-Noirs de la Dordogne «APN 24», au seuil de cette nouvelle Année 2016, je vous invite à lire ce très succinct rappel des préventions, des constats, des alertes lancées par des hommes politiques, des journalistes, et des analyses d’historiens                                                                       

Le 07.03.1937, l’ancien gouverneur de l’Algérie, Maurice Viollette, dans «Paris-Soir» souligne : «Ce qui est seulement exact, c’est que partout les Européens devront compter avec les indigènes, et c’est précisément ce qui est juste parce que s’il n’y a pas d’Algérie sans les Européens, il n’y a pas non plus d’Algérie sans les indigènes.». .

Le 18.08.1947, dans une déclaration à la presse, rappelant l’œuvre de la France, De Gaulle précise : «La population d’origine française ou européenne, a mis en jeu une somme énorme de travail et d’initiative qui a accru dans d’extraordinaires proportions la valeur propre de l’Algérie et servi de levain au progrès de tous les habitants. ».

Le 27.08.1956, dans «Le Monde», -le créateur de ce journal- Hubert Beuve-Méry s’interroge : «Faudrait-il donc tout lâcher, tout brader, se replier peureusement et piteusement sur l’Hexagone métropolitain. Se désintéresser du sort d’un million de compatriotes et de l’œuvre –magnifique malgré son passif- qu’ils ont réalisée ? ».

Le 07.07.1957, à Mulhouse, le président de la République, René Coty déclare notamment : «…Mais qui de nous serait lâche pour les abandonner ? ».

Le 28.05.1958, peu avant sa démission du gouvernement, Pierre Pflimlin confit à Michel Poniatowski : «Les Français d’Algérie et l’armée vont avoir des surprises avec De Gaulle. Il n’aime pas les premiers depuis le début…».

Le 12.05.1966, au Sénat, Jean Lecanuet déclare : «Nos compatriotes d’Algérie comme ceux qui, en métropole, partageaient leurs inquiétudes, ont résisté, eux aussi, pendant quatre ans (*). Ils combattirent pour leur province comme nous luttâmes jadis pour notre pays. Ils s’estimaient comptables envers eux-mêmes et envers leurs enfants de leur terre, de leurs efforts et de leurs tombeaux. Ils luttèrent tant qu’ils purent, écrasés à la fois par l’ennemi et par les armes de la France retournée contre elle-même.». (*)  -Il s’agit bien là des 4 ans de pouvoir gaulliste.

Le 23.04.1968, lors de l’inauguration de la plaque commémorative de la 1ère Armée –Esplanades des Villes Compagnons de la Libération quai Henri IV à Paris-, De Gaulle prononce un discours : «Aux soldats de la 1ère Armée française qui devant l’Histoire, ont payé le prix de la Liberté. La France pourrait-elle oublier cette armée venue d’Afrique qui réunissait les Français libres de la 1ère DFL, les pieds-noirs, (**) les goumiers et les tirailleurs marocains, algériens, tunisiens, sénégalais…». (**) 2 choses à préciser : d’abord Alain Peyrefitte a insisté auprès de De Gaulle pour qu’il évoque «les pieds-noirs», ensuite, nous sommes au tout début des événements de mai 1968…

Dans «Le Monde» du 22.03.2002, l’historienne Jeannine Verdes-Leroux écrit : «L’apaisement des Français d’Algérie passera par l’écriture d’une histoire équitable. On en est loin. La lecture dominante, fabriquée dans les violences du temps, a, depuis, outré ses falsifications, ses jugements, ses oublis.».

Dans «La Nouvelle Revue d’Histoire» n° 8 d’octobre 2003, Charles Vaugeois, sous le titre «Une guerre cruelle», note : «En face les Européens d’Algérie souffrent d’une faiblesse mortelle. En raison de leur dépendance à l’égard de la France et peut-être de leur tempérament, ils ne pourront jamais constituer un parti communautaire capable de les défendre et de les représenter.».

Le 01.06.2004, l’historien Benoït Haberbusch, dans son ouvrage «La gendarmerie en Algérie», note : «Les débats suscités par le 40ème anniversaire de la guerre d’Algérie ont rappelé les enjeux représentés par la mémoire. La communauté «pied-noir» se montre particulièrement sensible à cette question. Elle se sent dépositaire d’un siècle et demi d’une histoire qui s’est achevée par un arrachement traumatisant au sol natal…Les pieds-noirs cultivent également une relation particulière avec la France. Ils témoignent d’un amour sincère, presque naïf, pour une mère-patrie idéalisée, mais ce sentiment est assombri par la déception de certains pour la France réelle et l’abandon dont a été victime leur communauté.».

En 132 ans de présence française en Algérie, les hommes politiques, de tous bords,  ont accumulé les discours, les promesses et les silences, constituant ainsi un tracé sinueux, d’impasses et de fausses pistes, conduisant à l’élaboration d’un labyrinthe meurtrier. La fracture a été violente, marquée historiquement par le 5 juillet 1962, à Oran. Aujourd’hui, en Algérie plus qu’en France, l’écriture de l’Histoire est sous l’emprise du Pouvoir. Or, seule l’Histoire dira la vérité, car il ne s’agit pas d’inculper ou de disculper, mais de comprendre. Or, l’histoire de la guerre d’Algérie, aujourd’hui, est écrite par des idéologues épidermiques, pour certains au mépris de la chronologie, du croisement des données…Pour conclure, je retiens cette réflexion de Michel Renard, professeur et historien qui, le 15.12.2012, notait : «La réconciliation des mémoires ne pourra être que postérieure à l’accord sur la vérité historique. Encore faudrait-il que le régime algérien évolue vers la démocratie et reconnaisse la liberté d’investigation historienne à ses chercheurs. Encore faudrait-il qu’en France le lobby universitaire, intellectuel et journalistique «repentant» accepte une vision plus rigoureuse de l’histoire de la présence française en Algérie

Au sein de notre «APN 24», nous devons rester soudés plus que jamais, car, indéniablement, l’Histoire tranchera. Avec mes vœux, celui d’un Parisien du XIIIème.

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Retour DELENCLOS Michel. Chercheur en histoire. Biographe.Auteur de «19 mars 1962 ? Waterloo ! » - Prix d’Histoire..