Maire de Zéralda qui vécut les revers d’une trahison.

Par Michel DELENCLOS chercheur en histoire – Biographe

            GUISS Claude  (02.10.1923 - 05.2016) né à Zéralda, près d’Alger (Algérie française) – Sa famille débarque à Alger, dès janvier 1832. Bachelier, il entend poursuivre ses études et ambitionne une carrière universitaire. En décembre 1942, la France l’appelle. Inscrit comme tous les jeunes d’Afrique du Nord aux Chantiers de Jeunesse qui remplaçaient à l’époque la conscription.

            Il rejoint le Corps expéditionnaire français d’Italie «CEFI» et son régiment de blindés : le 7ème régiment de chasseurs d’Afrique. Il embarquera à Mers-el-Kébir sur un bateau grec réquisitionné, le «Neos hallas», qui jettera l’ancre en Italie. Il débarque au pied du Vésuve. Le but évident est la libération de la France. Campagne d’Italie en 1943. Les Allemands chassés d’Italie, Claude rembarque à Naples pour le sud de la France : Toulon, Marseille, la Provence, la vallée du Rhône, les Vosges, les Ardennes, l’Alsace seront libérés par ces hommes venus d’Afrique, descendants des premiers colons de 1830 ! ».. (Parcours cité par José Yvars.). Agriculteur. Maire de Zéralda de 1958 à mai 1961. Epouse Arlette née à Alger, institutrice.

GuissClaude

Le 06.06.1958 : lors de la cérémonie en l’honneur du lieutenant-colonel Jeanpierre, tué par l’ALN, le 29.05.1958. A gauche, le général Jacques Massu, au centre, le maire Claude Guiss.

JeanpierreLieutenantColonel

Le lieutenant-colonel Pierre Jeanpierre peu avant sa mort. (14.03.1912-29.05.1958). Au cimetière d’El-Halia à Alger, lors de l’inhumation de P. Jeanpierre, le général Jacques Massu jure : «…Mon colonel, nous vous le jurons, nous mourrons plutôt que d’abandonner l’Algérie française. Nous saurons conserver le souvenir de votre exemple. ».

PlaceJeanpierre

A Zéralda : inauguration de la « Place Lieutenant-colonel Jeanpierre», en présence du maire, Claude Guiss.

            «Pendant les pires années de la guerre d’Algérie, C. Guiss écrira des pages d’histoire aux côtés des colonels Brothier, Dufour, Jeanpierre, le commandant Denoix de Saint-Marc, commandants du 1er REP basé à Zéralda. Après la révolte militaire ratée du 22.04.1961, il extraira les généraux Salan et Jouhaud du camp de Zéralda puis, il les cachera, au péril de sa vie et de sa liberté à des militants du «MP 13», en les, accompagnant personnellement jusque dans la plaine de la Mitidja. (1)

            Les routes étaient alors surveillées et prêtes à être bloquées par toutes les forces gouvernementales du secteur. Sa vitesse de décision couplée à son patriotisme inné et inébranlable sauvera les généraux d’une arrestation certaine. Huit jours plus tard, Claude Guiss est arrêté, jeté en prison à Blida, avec des dizaines de fellaghas. Après de longues semaines, il est transféré à la prison de la Santé. Là, avec d’autres partisans de l’Algérie française, il continuera la lutte, en participant notamment, à la révolte dans les prisons. (2) Claude Guiss sera blessé par une grenade à base d’ypérite, gaz mortel utilisé par les Allemands en 1917 et, interdits d’utilisation en milieu fermé.

            Claude Guiss perdra un œil et subira alors de terribles souffrances durant de longues semaines avant qu’on l’autorise à consulter un spécialiste. Claude sera finalement libéré et obtiendra un non lieu. Mais, il sera interdit de séjour en Algérie…». (Cité par José Yvars dans «Le cœur et la mémoire»).

            Perd un œil lors de la révolte des détenus face aux gardes-mobiles à la Santé, le 30.11.1961, à la suite du refus d'accorder la liberté provisoire au commissaire Jean Dides. Libéré de prison et, après des mois de désespérance à cause de son handicap, il finira par obtenir un poste de directeur commercial dans un grand domaine agricole, à Pont Saint-Esprit (Gard). Membre actif de l'ADIMAD-Sud, à partir du 20.07.2002. Le 05.06.2005, avec la veuve du colonel Jeanpierre, Claude Guiss préside à Sanary-sur-Mer, une conférence sur la Légion et le 1er REP.

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Le 05.05.2007 : réunion du bureau : au centre, assis et portant lunettes, Claude Guiss.

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Le 06.06.2008 : inauguration, à Calvi (Corse) de la plaque Lieutenant-colonel Jeanpierre.

Il s’agit-là de la même plaque –récupérée- qui avait été apposée à Zéralda. Claude Guiss pose à cette occasion.

            Le 24.06.2012, à l’occasion de la réunion annuelle de l’Amicale de Zéralda, 59 ans après l’exode, Claude Guiss prononce ce discours : «Nous avons décidé en cette année 2012 de donner à notre réunion un tour particulier puisqu’elle coïncide avec la date du 50ème anniversaire de notre départ d’Algérie. Si nous sommes heureux, les uns les autres, de nous retrouver entre amis Zéraldéens, les tristes souvenirs de la période tragique de l’exode ne s’en imposent pas moins à nos mémoires. Trahis et abandonnés par un pouvoir omnipotent, livrés sans protection au couteau des égorgeurs, nous avons dû abandonner notre terre natale, nos maisons, nos biens et, tout ce qui faisait notre vie «là-bas». Et, nous sommes passés «d’une rive à l’autre».

            Nous nous sommes réfugiés en France. La France ! Notre mère patrie, ingrate et oublieuse, indifférente à notre sort et en grande partie hostile, conditionnée qu’elle était à notre égard par une télévision d’Etat. Mais nous étions solidaires, courageux, travailleurs et volontaires et nous avons fait fa ce à l’adversité. Aujourd’hui, nous pouvons être fiers d’avoir surmonter les mille et une épreuves qui furent le lot commun de tout rapatrié.

            De nombreux auteurs ont narré dans leurs ouvrages les péripéties de l’exode et de la survie. Comment ne pas remercier entre autres nos deux compatriotes, Monseigneur Jean-Yves Molinas et M. Louis Yvars, d’avoir si bien exposé dans leurs écrits respectifs l’histoire de leur famille, histoire semblable à celle de toutes nos familles. Ils font honneur à Zéralda. Je vous engage à faire lire leurs livres à vos enfants et petits enfants pour ancrer en eux le souvenir d’une Algérie française authentique. Aujourd’hui, 50 ans se sont écoulés.

            Beaucoup des nôtres ont disparu, emportant avec eux l’amertume des injustices subies par notre communauté. Beaucoup de problèmes qui se posaient à nous ont trouvé leur solution. Il en subsiste encore dont s’occupent avec opiniâtreté nos associations nationales, que nous soutenons évidemment. Il est deux points sur lesquels nous devons rester vigilants et fermes. D’une part en nous opposant au rétablissement de la date du 19 mars 1962 comme date de fin des combats en Algérie et, d’autre part en luttant contre toute velléité de repentance vis-à-vis de l’Algérie indépendante de la part d’un gouvernement français quel qu’il soit…Nous nous retrouverons en 2013 et les années suivantes…mais jusqu’à quand ? ».

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Le 02.10.2013 : la grande famille Guiss, lors de l’anniversaire des 90 ans de Claude Guiss : au centre, chemise bleue, Claude Guiss, et son épouse, à côté, chemisier bleu.

Deux citations à l’ordre de la division Croix de guerre avec étoile d’argent.

(1) C’est alors Robert Martel (05.03.1921-21.12.1997) qui prendra en charge Edmond Jouhaud et Raoul Salan, les généraux qui avaient rejoint le camp de Zéralda, fief du 1er REP., le 25.04.1961  R. Martell héberge aussi Mme. Salan –née Lucienne Andrée Germaine Bourguin- et la capitaine Noëlle Luchetti, dans une ferme de Birtouta. Le 28.05.1961, depuis leur cache, les deux généraux adressent au colonel Antoine Argoud, qui n’a pas pu encore les rencontrer, ce message : «Certes, notre situation est dure, mais le seul fait que nous sommes debout va nous permettre de nous battre à nouveau. Ce sera la s bataille cachée, mais des gens solides nous sachant ici se regroupent autour de nous. Gardez confiance avec nous, nous vous tiendront au courant. Amitiés de nous deux. ».  Ces «Gens solides» sont alors notamment, le lieutenant Roger DEGUELDRE, le colonel Yves Godard, le général Paul Gardy, le capitaine Jean Ferrandi.

(2) Les conditions carcérales, à cette époque, étaient nettement différentes selon que les prisonniers étaient étiquetés «FLN» ou «OAS». Et cela même, y compris pour les détenus mineurs. Voici un des témoignages, émanant d’un gardien de prison publié dans le quotidien «Sud-Ouest» du 14.06.2013, sous le titre : «Henri Debeaulieu a surveillé Ben Bella.».

BenBellaDebeaulieu

Henri Debeaulieu né le 07.06.1913 face au photographe.

Lui-même ancien prisonnier en 1949, H. Debeaulieu intégrera la pénitentiaire dès sa libération. Il sera détaché au fort Liédot avec pour rôle, ainsi que cinq autres surveillants en provenance de prisons différentes, de «surveiller» Ben Bella avec interdiction formelle de communiquer avec lui. H. Debeaulieu se rappelle : «Il était, je dirais, bien plus en résidence surveillée qu’en prison. Preuve en est qu’il ne vivait non pas en cellule mais dans une chambre où il pouvait recevoir de nombreuses visites et plus particulièrement celle d’une infirmière, toujours la même. Que voulez-vous, les murs ont des oreilles ! De plus, au service de Ben Bella et de ses 4 autres compagnons d’infortunes parmi lesquels figurait un autre héros de la révolution algérienne, Aït Ahmed, l’administration avait fait venir 5 détenus de la prison de la Santé, dont un cuisinier choisi par Ben Bella lui-même. Rien d’étonnant si, au menu, était inscrit couscous au moins une foi par semaine. ».

SOURCES :

De Fabrice Laroche (pseudo d’Alain de Benoist) avec François d’Orcival "Le courage est leur patrie", Ed. St. Just, 01.01.1965-

De Benoît Haberbusch "Gendarmerie en Algérie, 1939-1945", Ed. Shgn, 01.06.2004-

De Mgr Jean-Yves Molinas «D’une rive à l’autre» autobiographie, Ed. Société des écrivains, 04.03.2011.  De José Yvars «Le cœur et la mémoire», «7 écrit éditions», 22.10.2012.

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