Symbole de l’hystérie anti-Algérie française

Par Jean-Michel WEISSGERBER

Colmar, le 4 septembre 2019

Il faut lire (et subir hélas !) le dernier opuscule (Aux armes historiens !) de Manière de voir (juillet-août 2019) appendice du Monde diplomatique, dirigé par Serge Halimi, fiston de Gisèle, porteuse de valises. Trois pages y sont consacrées à « Jean-Paul Sartre et la guerre d’Algérie ».

Aucune nuance, aucune réserve, aucune interrogation de quelque nature que ce soit : le preux chevalier Jean-Paul S., à lire la prose d’une obscure Anne Mathieu, a terrassé l’hydre fasciste, les méchants colons, les hordes de l’OAS tapies dans l’ombre …bref, fait triompher le parti de la justice contre celui de l’horrible ordre colonial, violent par essence parce que raciste !.

Plus la ficelle grosse, mieux elle passe !

Mais rétablissons la vérité, très éloignée de la légende sur le personnage Sartre qui, dans le domaine de la vie privée comme celui de la vie publique, fut « un homme laid, sale, menteur et manipulateur [1] ».

Jean-Paul Sartre fut un affabulateur qui s’est inventé un passé de résistant.

Dominique Lormier lui consacre plusieurs pages [2] dans son excellent ouvrage « Les vérités cachées de la Seconde Guerre mondiale » (éditions du Rocher). « Il est né le 21 juin 1905 à Paris au sein d’une famille bourgeoise du XVIe arrondissement … major de l’agrégation de philosophie devant Simone de Beauvoir, il devient professeur … à l’Institut français de Berlin en 1933-1934 (NDLR : c’est moi qui souligne, il vécut donc dans l’antre de la Bête sans aucunement moufter !)

Notre très bourgeois J-P. S. ne se mêla donc pas d’une quelconque querelle politique : ni Action française, ni cercle de quelque gauche que ce soit !

Que l’on me permette de souligner que les ethnologues et intellectuels de gauche, voire d’extrême gauche Jacques Soustelle, Paul Rivet et Albert Bayet, partisans de la présence française outre-mer, promoteurs d’une Algérie française débarrassée de ses scories inégalitaires, au milieu des années trente, dénoncèrent, eux haut et fort, le danger hitlérien !

Dix années plus tard, J-P. S. [3] ne percevait toujours pas le danger fasciste et raciste ! Après avoir jeté la jeune et belle juive Bianca Bienenfeld (successivement maîtresse de Simone de Beauvoir et du futur pape de l’existentialisme), après avoir occupé toute honte bue, le poste de professeur au lycée Condorcet d’Henry Dreyfus-Le Foyer, évincé en raison de ses origines juives, il écrit des articles philosophiques et littéraires dans la revue collaborationniste et antisémite Comoedia ! Mieux, de janvier à avril 1944, il livre douze émissions culturelles pour radio Vichy. Sa nouvelle pièce de théâtre, connue sous l’appellation Huis-Clos, jouée en mai 1944 ( !) rencontre un immense succès auprès de nombreux officiers allemands invités à la première représentation.

Chance extraordinaire, peu avant la Libération, Sartre est recruté par Albert Camus [4] par le réseau résistant Combat !

En 1945, malgré sa « résistance » très tardive- pour ne pas dire plus - il se permet de juger des acteurs, des journalistes et autres artistes au sein du Comité d’épuration.

Est-il nécessaire de préciser qu’il ne remua pas le plus petit doigt pour Robert Brasillach alors que bien d’autres célèbres plumes (dont Camus et Mauriac en tête) s’entremirent pour obtenir sa grâce auprès d’un Charles De Gaulle inflexible !

Sartre se distingua ensuite par un positionnement politique très proche de celui du parti communiste dont il s’éloigna quelque peu en 1956 avec l’invasion de la Hongrie. Il alla jusqu’à déclarer en 1965 (observez la délicatesse !) : « Tout anticommuniste est un chien. et je n’en démords pas » ( !)

Venons-en au grand reproche que je formule à l’encontre de cette référence suprême s’il en est de la gauche anticapitaliste de l’après-guerre :  son anticolonialisme hystérique, sa haine également des nôtres (il osa transformer le patronyme du grand patriote français Ali Chekkal [5], assassiné au stade de Colombes sous les yeux du président Coty, en Ali Chacal, « l’Agité du bocal » ne s’embarrasse pas vraiment de précaution .

Finalement, je ne saurais mieux souligner le côté peu relisant du personnage qu’en cédant la place à des passages d’un ouvrage de Georges-Marc Benhamou[6], Un Mensonge français, p. 102 :

« J’ai relu un texte connu, mais singulièrement négligé par la plupart de mes contemporains. Un texte fou et c’est bien le drame fondateur de la pensée anticolonialiste. Il est signé Jean-Paul Sartre. On y trouve ce genre de propos : Abattre un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé ; restent un homme mort et un homme libre » (NDLR Sartre préface les « Les Damnés de la terre » de Fanon, le psychiatre fou, coqueluche des tiers-mondistes).

Et là, en relisant Sartre, on se frotte les yeux (NDLR : on ne saurait trop conseiller au fiston de la Gisèle de se frotter les yeux de temps à autre !)

Et Benhamou de poursuivre plus loin, fort judicieusement : « Que l’on remonte à la Révolution française, ou que l’on s’attarde sur les révolutionnaires russes de la fin du XIXe siècle, aucun intellectuel contemporain n’a été aussi loin dans l’ivresse totalitaire que ce Sartre-là ». Georges-Marc Benhamou, vous avez dit la vérité, vous serez donc « exécuté »[7] comme le chantait si bien tel baladin français d’origine libanaise.

Votre serviteur pourrait s’attarder encore bien longtemps sur les inconséquences et les contradictions de l’anticolonialisme proclamé par Sartre et ses thuriféraires. Notons au demeurant un anticolonialisme à géométrie très variable. Sartre et Les Temps modernes ont beaucoup moins abordé une guerre menée par la France officielle, une guerre, elle passablement plus coloniale, celle faite au Cameroun où a sévi un très sinistre personnage, le plus grotesque des premiers ministres de la Ve République, Pierre Messmer, bourreau des Camerounais avant de devenir celui des harkis[8].

En guise de conclusion peut-être provisoire, il me revient d’aborder le jardin secret (en fait, il s’agit plutôt de dépotoir) de notre brillantissime philosophe.

D’un entretien de Pierre de Bonneville avec Yannick Urrien, daté du 28 septembre 2018, il découle : « Aujourd’hui celui qui survole cette légende peut avoir l’impression qu’il s’agissait d’un grand intellectuel, or on découvre un homme laid, sale, menteur et manipulateur »[9].

Que dit entre autres, Pierre de Bonnneville[10] qui a comparé les vies sexuelles de Céline et de Sartre ?

« Sartre a choisi d’être professeur de philosophie pour avoir l’assurance d’être payé toute sa vie, pour travailler trois demi-journées par semaine. Il n’a jamais voulu se marier, il n’a jamais voulu avoir d’enfants et, quand il en a fait, les femmes ont dû avorter[11].  Céline aimait la beauté des choses, il aimait la beauté des femmes, il aimait la danseuse, il aimait la cuisse … Sartre est un névrosé qui ne s’intéresse absolument pas aux femmes, ni au féminin, ni à la cuisse. Il s’intéresse aux idées et aux concepts. C’est un intellectuel pur ».

Un intellectuel pur, cher Pierre de Bonneville, aux « mains sales » quand même !.

Mais je vous quitte, chers camarades et lecteurs, me promettant de m’intéresser dorénavant à un compatriote alsacien sacrément moins névrosé et nettement plus exemplaire, parent d’ailleurs de Jean-Paul Sartre et prix Nobel avant lui, une pointure, lui, un véritable grand homme, Albert Schweitzer.

Au moins lui, à ce que je sache, sans trop de crainte d’être démenti, ne jeta pas sa femme d’origine juive avant de se convertir au protestantisme. Tout au contraire, il l’honora et la respecta.

Jean-Michel WEISSGERBER


 

[1] De surcroît un nabot, un mètre cinquante-deux centimètres.

[2] Dans le même ouvrage Dominique Lormier dit également son fait à une certaine Marguerite Duras, pourfendeuse des proches de Jean-Marie Le Pen et des « populaciers »

[3] Jean-Paul Sartre et non Jean-Pierre Soissons ou Jean-Pierre Stirbois !

[4] C’est donc un pied-noir qui sauva la mise de J-P. S. ! En reconnaissance, il appelle à l’abattage des colons !

[5] Mais Choupinet préfère honorer la mémoire du traître Maurice Audin !

[6] Aux Editions Robert Laffont. Précédée d’une bonne campagne médiatique, la parution de cet ouvrage, beaucoup plus pertinent que l’on ne dit, a été entravée par de nombreuses critiques de mauvaise foi !Dame ! Il osait d’une part dénoncer le crime d’Etat, à savoir le massacre des harkis, et d’autre part, s’en prendre aux deux idoles des années soixante ! Qui-vous-savez  et le Bigleux que l’on sait ! Je relève notamment que Benhamou perçoit une indéniable connivence entre De Gaulle et Sartre !

[7] Entre autres  « exécuteurs » des basses œuvres  Jean-François Kahn, qui se révèle plus avisé en d’autres occasions ! JFK qui commit un numéro spécial de Marianne pour dénigrer son confrère, à vomir !

[8] J’ai essayé de dénoncer à mon modeste niveau dans des organes comme Le Clin d’œil et Véritas, un incroyable déni de justice par ailleurs assez bien décrit par Mango Beti dans Main basse sur le Cameroun. Mango Beti avec lequel j’avais eu des relations amicales s’est vite recroquevillé, victime d’un syndrome à la Sékou Touré !

[9] Je ne crains pas de me répéter : cela m’apparaît très nécessaire !

[10] L’ouvrage Sartre et les amours contingentes.

[11] Que pense alors maman Gisèle Halimi d’un Sartre ouvertement engrosseur et au demeurant grand consommateur de prostituées ? Serge, posez-lui donc ces deux questions intéressantes !

Jean-Michel WEISSGERBER

Article transmis par Maurice Calmein