Transmis par Maurice Calmein

            Dans le rapport qu’Emmanuel Macron a commandé à Benjamin Stora pour réconcilier les mémoires sur la guerre d’Algérie, « l’historien officiel » s’est efforcé, pour plaire à son maître, d’appliquer la règle du « En même temps ». Il parle de tout, ou presque, mais dans un parfait déséquilibre. Exemples: Des pages sur Maurice Audin mais une ligne sur le massacre de près d’un millier de Pieds-Noirs, enlevés au hasard dans les rues d’Oran, le 5 juillet 1962, des centaines de milliers de morts côté FLN mais des Harkis massacrés, etc. Pourquoi ne pas parler des dizaines de milliers de Harkis désarmés par la France sur ordre de De Gaulle puis livrés aux couteaux du FLN, égorgés, torturés, bouillis dans des marmites, émasculés,  attachés et traînés derrière des voitures. 

            Déséquilibre donc, mais aussi manichéisme : La plupart des livres ou des films cités sont favorables aux indépendantistes, les seules associations pieds-noires citées, alors qu’il en existe des centaines et non des moindres, sont deux minuscules associations de gauche : Coup de soleil et l’association des Pieds-Noirs progressistes. Et les mots employés sont savamment pesés : « Plusieurs » fédérations d’anciens combattants (autrement dit la FNACA et l’ARAC, proches du PCF) sont favorables à la commémoration du 19 mars mais les opposants à cette commémoration sont « de droite » et bien sûr et surtout « d’extrême droite ». Au légitime combat du FLN, Stora oppose « les sentiments de honte et de culpabilité de « certains » soldats, mais il ne précise pas lesquels…

            Mais le petit rapporteur a omis certains sujets pourtant essentiels : l’inexistence d’un Etat et d’une nation avant 1830, l’occupation ottomane et ses persécutions contre les juifs, les milliers d’esclaves chrétiens dans la Régence d’Alger, le caractère islamiste de l’insurrection de 1954 (il aurait pu y penser lui qui précise en introduction de son rapport que celui-ci a été terminé au moment de la décapitation du Pr Samuel Paty et de l’assassinat de trois fidèles dans une église de Nice), le déni de souffrance infligé aux Français d’Algérie par la France et par l’Algérie ou encore la grande et réelle fraternisation du 13 mai 1958 et la réalité des rapports entre les Pieds-Noirs et les indigènes. Lui qui s’est pourtant maintes fois rendu en Algérie dans les bagages de voyages officiels, n’a pas connu la chaleur des retrouvailles et de l’accueil par les Algériens. Le petit échange avec des Algérien du peuple, auquel j’ai assisté en 1982 lors d’un voyage à Alger avec un groupe de Pieds-noirs, en dit plus que tous les discours et rapports sur les relations humaines : Un Algérien s’adressant à un Pied-Noir : « Au fait, pourquoi vous êtes partis, déjà ? » ; réaction du Pied-Noir passablement irrité par la question : « Comment, pourquoi on est parti ?! » ; réponse de l’Algérien un peu embarrassé : « Ah oui, c’est vrai, j’avais oublié… ».

            Déséquilibre, omissions mais aussi interprétations frisant le mensonge, comme dans cette allusion à des Harkis souhaitant que leurs cendres reposent en Algérie et dont on laisse à penser qu’ils feraient ainsi allégeance au FLN. Stora n’a quand même pas osé dire la même chose des nombreux Pieds-Noirs qui demandent également que leurs cendres soient dispersées en terre algérienne ou en Méditerranée.

            Enfin, le rapport Stora assène ou suggère quelques « vérités » comme le mythe d’une nation algérienne tout entière dressée contre l’envahisseur français, les dépossessions foncières généralisées, la conquête comme cause unique de l’engrenage sanglant des événements ou encore la distinction entre les gentils progressistes (il va jusqu’à proposer la panthéonisation de Gisèle Halimi !) et les méchants ultras responsables de tous les maux.

            Quant aux propositions faites par Stora, elles ne sont pas moins partielles et partiales, comme la transformation des anciens camps d’internement des terroristes du FLN situés sur le territoire français en « lieux de mémoire », proposition qui, bien sûr, ne s’applique pas réciproquement aux camps de Harkis ! 

            Autre proposition à la formulation curieuse : Insérer dans un décret « un paragraphe dédié au souvenir et à l’oeuvre des femmes et des hommes qui ont vécu dans des territoires autrefois Français et qui ont cru devoir les quitter à la suite de leur accession à la souveraineté ». Les Pieds-Noirs et les Harkis apprécieront la formule « qui ont cru devoir la quitter »… Comme s’ils avaient eu le choix alors que des dizaines de milliers d’entre eux furent assassinés après le 19 mars 1962 ! C’est, par ailleurs, cette date du 19 mars, anniversaire des sinistres Accords d’Evian, jamais appliqués, que B. Stora propose de continuer à commémorer solennellement pour marquer la fin de la guerre d’Algérie… Alors qu’il y eut davantage de morts après cette date très contestée et que seul François Hollande, contrairement à tous ses prédécesseurs, avait accepté d’ériger en journée officielle!

            Non, décidément, ce n’est pas ce rapport qui permettra la réconciliation des mémoires. Mais pouvait-il en être autrement en confiant ce travail à un historien très contesté, ancien trotskyste et nommé par Hollande Inspecteur général de l’Education nationale en récompense de sa loyale contribution à l’élaboration de la doxa sur l’histoire de l’Algérie…

Maurice Calmein / Fondateur du Cercle algérianiste / Président de SOS Enfants du Liban

Livres de Maurice Calmein sur l’Algérie :

-          Les Français d’Algérie 1962-2014, Ed. Atlantis, 2014.

-          Dis, c’était comment au temps de l’Algérie française ?, Ed. Atlantis, 2014.

-          Le sel des Andalouse ‘roman), Rd. Atlantis, 2009.

-          Algériens nous sommes, qué ! Histoire de l’Algérianisme, Ed. Atlantis, 2011.

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