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13 juin 2026

LA FRANCE DE MON ENFANCE

transmis par José Castano


« Adieu ma France... Tu n’es plus celle que j’ai connue, le pays du respect des valeurs, de l’hymne et du drapeau, le pays de la fierté d’être français. Adieu ma France des trafics en tous genres, du chômage, de l’islamisme, de la polygamie, du laxisme, de la permissivité, de la famille décomposée... Adieu ma France réduite à l’état d’urgence, ma France déconstruite, en guerre avec elle-même. Je veux, néanmoins, demeurer optimiste et croire en ton sursaut. Mais qui te sauvera ? » (Général Marcel Bigeard)

    Mon enfance durant, j’ai porté en moi une fierté ardente : celle d’aimer la France. Par-delà la Méditerranée, elle apparaissait comme un pays de lumière, un mirage chatoyant qui me faisait rêver entre deux pages de nos livres de géographie. Elle était ma Mère Patrie, et, comme mes camarades de jeux —les Mohamed, les Levy et tous ceux avec qui je partageais l’innocence des premières années— je ne voyais d’elle que la beauté : celle de son passé, de son présent, que mon imagination candide exaltait encore.


    Je rêvais alors d’une histoire constellée de gloires, peuplée de saints et de rois, de héros surgis des brumes du temps, de batailles gagnées et même de défaites transfigurées par la légende. Je rêvais d’un Empire immense dont le rayonnement se déployait bien au-delà des mers.


    « Là-bas », dans la salle de classe du cours moyen, nous vibrions à l’unisson durant les leçons d’histoire. Nous encouragions Vercingétorix et Jeanne d’Arc de toutes nos petites forces, de nos voix essoufflées, de nos mains fébriles, de nos pieds battant la poussière, à chasser l’envahisseur hors des frontières sacrées.


    Subjugués par l’héroïsme de Bayard —le « chevalier sans peur et sans reproche »— exaltés par les victoires de Napoléon, nous retenions notre souffle à l’évocation d’Austerlitz… mais nous détournions les yeux, obstinés, devant Waterloo ou la retraite de Russie. Ainsi va l’âme de l’enfant : elle choisit ses miracles, elle refuse ses blessures.


    En somme, j’étais fier de ma France avec tout ce que cette fierté comporte d’aveuglement, et je l’aimais d’un amour absolu, viscéral, entier. Chrétiens, Juifs, Arabes —unis dans une fraternité naïve— nous étions prêts, pensions-nous, à nous battre pour elle, à mourir pour elle. Nous ignorions ce qu’elle était vraiment ; cela n’avait aucune importance. Elle était tout : une réalité matérielle, charnelle, spirituelle, indissociable, comme la présence vivante d’une mère.


    Je distinguais bien, déjà, ce que son histoire portait de sombre : l’Inquisition, les guerres de religion, la fureur sanglante des révolutionnaires, la Terreur, la déchristianisation… mais pour moi, ces ombres n’existaient presque pas. Un enfant ne dresse pas la liste des défauts de sa mère, qu’ils soient moraux ou physiques. Elle est sa mère, donc elle est parfaite. Il sait ce qui blesse, mais il détourne les yeux ; il connaît les failles, mais il les recouvre d’amour. C’est là le mystère profond, indestructible, de l’amour filial.


    Tout a commencé avec l’effondrement de 1940, ce coup de tonnerre qui fit vaciller les cœurs et brisa les colonnes d’une nation que l’on croyait inébranlable. Puis le récit officiel, dans un silence impitoyable, escamota le rôle de l’Armée d’Afrique, dont le courage pourtant fut une des clefs de la victoire. Ensuite vint la chute de l’Indochine, saignée par le sacrifice d’hommes héroïques que l’Histoire, souvent ingrate, a laissés s’enfoncer dans l’oubli. Et puis l’agonie de l’Algérie française, le sang des jeunes soldats versé sur des terres qui se dérobaient, les cris des innocents emportés dans la tourmente… et, à la fin, l’exode d’un peuple déraciné arraché à lui-même.


Depuis, nous sommes ivres, non de gloire, mais de défaites accumulées, de reculs successifs, d’abandons en cascade. Nos mémoires débordent d’humiliations. Nous avons tout laissé tomber : nos certitudes, nos repères, nos héritages. Voici la France qui trahit, qui renie, qui abdique, qui se livre elle-même en pâture. La France qui renonce à ses fondements, à sa mémoire, à ses valeurs spirituelles ; la France qui se déchire de sa propre main.


Alors nous avons choisi la voie la plus terrible : pour ne plus souffrir, nous avons fermé notre cœur. Pour ne plus pleurer les soldats sacrifiés par des dirigeants dévoyés, pour ne plus pleurer les innocents fauchés sous la mitraille d’un terrorisme aveugle, pour ne plus hurler d’impuissance devant une violence devenue routine, nous avons bâti autour de nous une citadelle de pierre. Nous avons trop tremblé, trop espéré, trop baissé les yeux devant les vainqueurs d’hier, pour accepter encore de nous courber devant ceux de demain. Nous ne voulons plus revivre les affres de la trahison, du fanatisme, ni la menace sourde d’une guerre civile qui rôde comme un loup affamé aux portes de la cité.


Car nous le voyons maintenant avec la crudité d’un jour sans soleil : les idées généreuses se muent en mirages mortifères ; la confiance placée en nos élus n’est qu’une offrande piétinée ; la loi du plus fort règne, nue et cynique. Le temps des imposteurs est revenu, vêtu de mensonges et de vanités : promesses qui s’évaporent dès qu’elles sont prononcées, discours qui se contredisent, reniements incessants, manœuvres sordides. Dans les plis de l’écharpe tricolore se blottissent désormais l’ambition aveugle, la vanité creuse, l’orgueil démesuré, l’appétit de profit, et parfois la simple bêtise. Les scandales éclatent comme des feux grégeois, les fripouilleries pullulent à tous les étages du pouvoir.


Nous parle-t-on encore de Patrie ? Ose-t-on seulement enseigner à nos enfants ce que ce mot sacré signifie ? Savent-ils, ces écoliers distraits, le premier couplet de La Marseillaise ? Qu’est-ce donc que la Patrie ? Répondez-nous, Messieurs ! Est-ce une histoire ? Mais vous en effacez les fondations mêmes : vous rejetez ses pages essentielles, et les livres placés entre les mains de nos étudiants ne sont trop souvent qu’un tissu de contre-vérités. Le sombre verdict de Joseph de Maistre résonne alors comme un glas : « L’Histoire, depuis trois cents ans, n’est qu’une conspiration contre la vérité. »


    Quel idéal, dites-nous, êtes-vous capables d’offrir à cette jeunesse que l’on voit défiler, embrigadée, parfois dupée, brandissant les étendards d’organisations terroristes dont elle ignore la complexité tragique ?


    Et vous, gouvernants d’hier et d’aujourd’hui —Giscard d’Estaing, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron— à force de cultiver les slogans de diversité, d’inclusion et de « vivre ensemble », qu’avez-vous fait de cette France que nous vous avions confiée ? Vous vous êtes comportés, trop souvent, comme des gestionnaires d’apparences, des acteurs de scène plus que des chefs d’État. Sous vos mandats successifs, le laxisme judiciaire s’est installé, les portes d’une immigration mal maîtrisée se sont ouvertes, et nos villes se sont transformées : des quartiers jadis paisibles sont devenus des zones où la loi vacille, où des puissances informelles imposent leur domination, où résonnent des colères et des solidarités dont les symboles nous déchirent.


    Vous nous avez tout pris : la volonté, la fierté, l’espérance, le civisme, le courage, la patience… Il ne reste en nous qu’une lassitude immense, un découragement sans fond. Dès lors, comment aimer encore la chair de notre pays ? Comment préserver l’amour de son âme ? Nous ne voulons pas mourir pour des idées que l’on dicte depuis les couloirs ministériels, pour des visions qui nous semblent sans horizon. Mourir pour la France ? Quand nous savons que notre sacrifice serait vain ?


    Année après année, soutenus par des médias complaisants, vous avez forgé le mythe d’une culpabilité nationale perpétuelle : colonisation, repentance, autoflagellation… Oubliant l’avertissement de Péguy : « Il y a des contritions plus sales que les péchés. »


    Vous avez façonné une France qui se condamne elle-même, qui se dit honteuse de son passé, de ses luttes, de ses conquêtes, de son histoire entière. Elle n’ose plus affirmer ce qui fit sa force ; elle détourne les yeux de sa tradition spirituelle. Chateaubriand l’avait prédit dans une phrase terrible : « Déchristianisez la France, vous aurez l’Islam ! » Et voilà que nous y sommes : non parce que les peuples se rencontrent —cela, l’Histoire l’a toujours permis— mais parce que la France a déserté ce qu’elle était, offrant le vide en héritage.
    La laïcité, jadis colonne d’unité, est devenue une neutralité molle, poreuse, soumise aux contorsions des « ni-ni », des « en même temps » et des « pas de vague ». La France n’est plus qu’une étoile mourante, dont le foyer s’est lentement éteint. Ce qui brille encore dans le ciel n’est plus que le reflet d’une lumière depuis longtemps disparue. Le philosophe Pierre Manent, dans un constat d’une brutalité limpide, l’a formulé ainsi : « La France n’a pas été vaincue, elle s’est rendue. »


    Et nous souffrons de la voir ainsi : méconnaissable, fragmentée, livrée à des tensions religieuses, politique et sociales qui la rongent de toutes parts ; sans mémoire, sans repères, asphyxiée par ses propres contradictions ; agitée d’émeutes, de violences, de colères qui grondent comme les secousses d’un monde à l’agonie. Oui… ma France… Toi que nous avons tant aimée… Qui te sauvera ?

*
Quand un média algérien évoque, 64 ans après, le drame des Français disparus durant la guerre d’Algérie… Enfin !

Disparus d'Algérie : quand l'État français choisit ses mémoires
 

José CASTANO

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