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20 décembre 2025

Mon Credo sous les étoiles de Noël

    Cher Papa Noël,

 

    En cette nuit où le monde retient son souffle, mon âme d’enfant remonte à la surface comme une prière ancienne. Je ferme les yeux et j’ose croire encore que ta hotte, cette année, ne sera pas remplie de pacotille venue de loin, ni alourdie par la violence, le désespoir et le chagrin. J’ose espérer qu’elle déborde plutôt d’entente retrouvée, de joies simples, de promesses enfin tenues, de ces lumières fragiles qui réchauffent les cœurs et apaisent les hommes.

 

    Et puis, cher Papa Noël, si tu le peux, je te confie un vœu plus vaste encore. Je voudrais que la France redevienne la France, celle qui a bercé mon enfance et façonné mes rêves ; la France des clochers et des cathédrales, la France de Jeanne d’Arc, la France chrétienne, fière de son histoire et fidèle à son âme. Que notre pays cesse d’être meurtri, humilié, défiguré, et qu’il retrouve le souffle, la dignité et l’élan qui furent les siens.

 

    Je voudrais aussi que « Jupiter » renonce à son œuvre de destruction, qu’il s’éloigne et laisse enfin la France en paix, afin qu’elle puisse renaître, libre et vivante.


    Alors, la France sera sauvée ; elle retrouvera sa grandeur, son dynamisme et cette espérance qui faisait battre le cœur de ses enfants.


    Voilà mon Credo, cher Papa Noël, murmuré au seuil de l’hiver.


    Que le petit Jésus éclaire ton chemin et t’aide à exaucer ces vœux confiés à la nuit.

 

José CASTANO

 

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20 décembre 2025

LE POIDS DU REGARD

transmis par José Castano

Quand je suis rentré d’Algérie, en 1962, je n’avais que quinze ans. Quinze ans, et déjà le goût de l’exil sur la langue. Dans les regards des métropolitains que je croisais, je ne lisais rien d’autre qu’une indifférence glacée, un égoïsme paisible, presque satisfait. Cette indifférence me brûlait plus sûrement qu’un reproche : elle recouvrait d’un voile commode la tragédie qui venait de fracasser plus d’un million de vies, comme si notre douleur n’avait jamais eu droit d’exister.

 

    Mon chagrin, celui des racines arrachées à la terre natale, les dérangeait. Il troublait leur confort. Il leur renvoyait, comme un miroir trop fidèle, l’image de leur lâcheté tranquille, de leur aveuglement volontaire, de cette sérénité achetée au prix de notre abandon. Pendant ce temps-là, mon père, lui, croupissait derrière les barreaux d’une geôle gaullienne, puni pour avoir aimé sa patrie jusqu’au bout, pour l’avoir servie sans calcul ni reniement. (1)

 

    Les vœux que l’on adresse ne sont pas que des mots : ce sont des mains qui tentent encore de retenir la mémoire avant qu’elle ne s’efface. S’ils peuvent ranimer en nous l’hospitalité, la dignité, la force que nos douleurs ont forgées, alors quelque chose de précieux renaît.

 

    Les miens — les Pieds-Noirs — se distinguaient autrefois par une hospitalité rare, presque sacrée. Qu’elle renaisse. Qu’elle redevienne cette lumière obstinée qui efface l’accueil brutal que l’on nous infligea, et qui rappelle que les vraies civilisations naissent toujours ainsi : des larmes surmontées, des blessures transfigurées en force, de la douleur élevée en dignité.

 

    Kipling disait qu’à ce prix-là seulement, on devient un homme.

 

    Puissions-nous, que la santé nous accompagne ou nous échappe, que le bonheur nous soit fidèle ou fuyant, devenir ces hommes-là. Ceux que furent nos pères. Ceux que nos fils, un jour, pourraient regarder sans baisser les yeux.

 

    Bonne et heureuse année.

 

    Joseph (José) CASTANO

 

(1) — Certains délateurs, leur bouche déversant une haine avide, se sont crus obligés de répandre, sans la moindre gêne, sur les réseaux sociaux, de fausses accusations, me présentant comme un homme fier d'avoir « combattu en Algérie »… « d’avoir été légionnaire »… « membre de l’OAS »…

 

Que d'exploits, à quinze ans ! Quelle infamie dans ces mots ! N’ont-ils aucune vergogne à salir l’héritage d’un père qui fut un héros, un homme digne de ce nom, pendant que moi, fils de l’exil, je n’étais qu’un enfant jeté dans la tourmente, n'ayant pas le poids de leur mensonge, pas la fierté de leurs façades ! Ma souffrance ne se donnait pas en spectacle, elle était simplement ce poids silencieux, celui des racines arrachées, de l’honneur bafoué.

 

Mon père, Joseph CASTANO, ancien de l’Armée d’Afrique, fut un héros : pas moi.

 

"Braves gens prenez garde aux choses que vous dites, tout peut arriver d'un mot qu'en passant vous perdîtes"

Victor Hugo

 

José CASTANO

6 décembre 2025

DE L’ALGÉRIE FRANÇAISE… À LA FRANCE ALGÉRIENNE

Par José Castano

« A l’occasion de votre élection à la présidence de la République algérienne, je vous adresse mes félicitations. Cette indépendance algérienne, nous l’avons voulue et aidée »  (Message de Charles de Gaulle à Ben Bella, le 4 septembre 1963)

 

    Le 1er juillet 1962, une Algérie épuisée, privée de la plupart de ses Européens, fut appelée à trancher sa propre destinée. En répondant « oui » à l’indépendance, chaque électeur effaçait une part de l’Algérie française ; et l’addition de ces voix mit fin à l’entité née le 5 juillet 1830, lorsque les troupes du général de Bourmont, après avoir débarqué à Sidi-Ferruch, s’emparèrent de la capitale des deys. La France officielle, lasse, indifférente, telle un Ponce-Pilate moderne, se lava les mains de cette histoire et tourna la page.

 

    L’enfantement de la nouvelle République algérienne fut un tumulte : un mélange de liesse, de vengeances et de violences aveugles avec, parmi les drames, l’assassinat de musulmans restés fidèles à la France, les massacres d’Européens comme ceux d’Oran, le 5 juillet 1962 et les enlèvements par milliers. L’ivresse de l’indépendance fit bientôt place au vertige du vide : la foule dansait autour d’un buffet déjà déserté. Le pays s’effritait sous les pas de ceux qui avaient espéré l’élever. Car après les saccages, après les premiers mois de sang répandu comme une pluie trop lourde, après les luttes internes et l’incompétence d’un pouvoir improvisé, l’Algérie se retrouvait nue. Les bâtiments s’écroulaient comme des carcasses, l’agriculture agonisait, les machines jadis entretenues avec précision grippaient au soleil. Les ingénieurs venus de l’Est contemplaient l’étendue du désastre, impuissants, comme devant un navire échoué trop loin de toute aide.

 

    Tout au long de la guerre, les chefs du FLN avaient promis justice, bonheur et dignité pour la « malheureuse » population musulmane. Mais l’indépendance n’apporta ni l’aisance espérée, ni l’apaisement. Dévorée par la corruption, l’Algérie sombra dans un désastre économique que la manne pétro-gazière, accaparée par une oligarchie, ne parvint jamais à enrayer. Le pouvoir, loin de revenir au peuple auquel il avait été solennellement promis, fut confisqué par un groupe restreint, d’abord choisi par la France pour préserver ses intérêts, puis consolidé par des alliances successives. Pour demeurer au sommet, cette élite n’hésita pas à manipuler les islamistes, replongeant, dans les années 1990, le pays dans un nouveau cycle de violence. Une décennie sombre où la nuit semblait descendre chaque jour un peu plus tôt.

 

    Dans « La colonie française en Algérie. 200 ans d’inavouable », Lounis Aggoun décrit un système façonné par des Algériens, avec l’appui successif de Paris puis de Washington, au détriment du peuple tout entier. Ainsi, minée par la corruption, l’intégrisme, les luttes internes du pouvoir et les séquelles encore brûlantes de la guerre civile des années 1990, dont les causes jamais éradiquées attisent toujours les braises, la société algérienne se délite lentement. Le peuple attendait la lumière ; on lui servit l’ombre.

 

    Craignant alors la colère de ce peuple qu’on avait bercé huit ans durant d’illusions et soucieux de contenir sa jeunesse frondeuse devenue « classe dangereuse », le gouvernement algérien, incapable de lui offrir du travail, exigea « la libre circulation » et « l’installation de ses ressortissants en France » en menaçant de Gaulle d’une rupture qui eût contrarié sa « grande politique » arabe. De Gaulle, obsédé par sa politique méditerranéenne qu’il voulait préserver, céda et l’ouverture presque sans contrôle de nos frontières à l’immigration algérienne devint un fait accompli… Par ce transfert massif de populations désœuvrées, le pouvoir algérien entendait assurer sa propre stabilité en exportant ce qu’il ne parvenait à gérer… espérant n’avoir jamais à les reprendre.

 

   La moitié des quarante-sept millions d’Algériens ont aujourd’hui moins de vingt ans. Ils sont nombreux à rêver de s’installer en Europe, particulièrement en France… nombreux, aussi, à profiter de la crise migratoire pour s’infiltrer dans les filières des « réfugiés ». En témoignent les assassins qui ont défrayé la chronique, Merah, Coulibaly, Couachi, Sid Ahmed Ghlam, Yassin Salhi, Salah Abdeslam, l’organisateur des attentats du 13 novembre 2015 à Paris, Karim Cheurfi, l’auteur de l’attentat du 20 avril 2017 sur des policiers à Paris et Mohamed Lahouaiej-Bouhle, celui de Nice, le 14 juillet 2016 (86 morts et 458 blessés). Ils étaient, comme Salah Abdeslam, Français, ou, pour ceux qui ont rejoint ce qu'ils croyaient être le « Paradis d’Allah et ses soixante-douze vierges », le seraient devenus.

 

    Alors, avec eux, ce furent des milliers d’autres jeunes issus de cette immigration arabo-africaine qui, en quête d’horizons, d’identité ou d’absolu, s’abandonnèrent à l’attrait funeste du djihadisme et de la violence. Autant de destins fragiles, manipulés, exposés aux dérives idéologiques mortifères, semblables à des ressorts comprimés dont nul ne sait quand ni où ils pourraient se rompre.


« Les Français qui n’ont pas voulu de l’Algérie française auront un jour la France algérienne », écrivait Georges Bidault dans « D’une Résistance à l’autre ». Il reprenait, en écho inversé, les paroles lancées en 1957 par Larbi Ben M’Hidi, figure redoutée du FLN, aux parachutistes venus l’arrêter au cours de la bataille d’Alger : « Vous voulez la France de Dunkerque à Tamanrasset ? Je vous prédis, moi, que vous aurez l’Algérie de Tamanrasset à Dunkerque. »


    Ainsi, tandis que l’« Algérie française » —dont les cinq coups de klaxon scandés autrefois (« Al-gé-rie fran-çaise ! ») ne subsistent plus qu’à l’état de réminiscence— s’est dissoute dans le passé. La France contemporaine avance au milieu de ses propres turbulences, traversée de contradictions, de violence, de manifestations enfiévrées, de colères et de crépitements d’armes… une réalité nouvelle, née du fracas du passé, et que nul n’avait vraiment imaginée.

 

José CASTANO