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30 juin 2026

QUE JUSTICE SOIT RENDUE

transmis par José Castano

 

    Sur les stèles élevées à la mémoire des marins français tombés lors de l'attaque britannique du 3 juillet 1940, il est invariablement gravé le chiffre de 1 297 morts. Si l'on s'en tient à cette seule journée tragique, ce bilan est exact.
Mais l'Histoire ne s'est pas arrêtée là.


    Le 6 juillet 1940, 288 autres marins périrent à leur tour. Pourtant, ces victimes demeurent absentes du décompte officiel. Plus regrettable encore, les historiens comme l'Association des Anciens Marins de Mers-el-Kébir et des Familles des Victimes ont, jusqu'à ce jour, omis de les intégrer à la mémoire collective.


Le véritable bilan de cette tragédie s'élève donc à 1 585 morts. C'est cette vérité historique que je m'efforce de rappeler, année après année, dans chacun de mes articles consacrés au devoir de mémoire.


    Comment comprendre qu'après 86 années, rien n'ait été entrepris pour réparer cette injustice mémorielle ? Pourquoi laisser dans l'ombre ces 288 marins et leurs familles, comme si leur sacrifice avait moins de valeur, comme si leur douleur méritait l'oubli ?


L'Histoire ne peut être amputée d'une partie de ses morts sans trahir la vérité. Chaque nom effacé est une blessure infligée à la mémoire nationale ; chaque victime oubliée est une injustice qui se prolonge à travers le temps.
Il est désormais temps que toute la vérité soit reconnue et que ces 288 marins retrouvent enfin la place qui leur revient dans notre mémoire collective.


    Que justice soit rendue à ces hommes. Que leur sacrifice ne soit plus jamais relégué au silence.

 

3 JUILLET 1940 L’AGRESSION BRITANNIQUE SUR MERS-EL-KÉBIR

 

José CASTANO

 

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15 juin 2026

3 JUILLET 1940… L’AGRESSION BRITANNIQUE SUR MERS-EL-KEBIR

transmis par José Castano

En mémoire des 1585 marins français morts sous le feu « allié »
(Une page d’histoire occultée)

 

            « Le souvenir de ces morts dérange tout le monde parce que l’évènement échappe à la logique. Il est à part des tragédies de la guerre. Personne n’a intérêt à ce que l’on en parle trop » (Amiral Marcel Gensoul)

    Mers el-Kébir — le « Grand Port » — porte dans son nom même la marque de sa vocation maritime. Depuis l’Antiquité, cette rade profonde, ouverte sur la Méditerranée occidentale, constitue un point stratégique majeur entre l’Europe et l’Afrique du Nord. Située à proximité d’Oran, à quelques centaines de kilomètres seulement du détroit de Gibraltar, elle commande l’un des passages les plus sensibles du monde maritime : celui qui relie la Méditerranée à l’Atlantique.


    Tour à tour repaire de corsaires, escale commerciale, puis base navale moderne édifiée par la France entre 1928 et 1945, Mers el-Kébir fut longtemps considérée comme l’une des rades les plus sûres et les mieux protégées d’Afrique du Nord.


    À la veille de la Seconde Guerre mondiale, sa mission était essentielle : garantir la défense des côtes algériennes, assurer la maîtrise des communications maritimes et maintenir la présence française en Méditerranée face à une Italie devenue hostile (en 1939) et à une Espagne d’une neutralité bienveillante envers les pays de l’Axe Berlin-Rome.


    L’armistice franco-allemand du 25 juin 1940 consacre l’effondrement militaire de la France sur terre, mais la flotte française demeure intacte, libre et invaincue. Ni l’amiral Darlan, ni le général Weygand n’ont l’intention « …de livrer à l’ennemi une unité quelconque de notre flotte de guerre » et de Gaulle le dira, le 16 juin à Churchill en ces termes  « La flotte ne sera jamais livrée, d’ailleurs, c’est le fief de Darlan ; un féodal ne livre pas son fief. Pétain lui-même n’y consentirait pas ».


    Les Anglais, de leur côté, désirent que notre flotte, riche en unités lourdes et légères, se rende dans leurs ports. Elle aurait pu le faire, le 16 juin 1940, mais personne ne lui en donne l’ordre et la Marine reçoit l’assurance, « qu’en aucun cas, la flotte ne sera livrée intacte », mais qu’elle se repliera probablement en Afrique ou sera coulée précise l’Amiral Darlan. Hitler ne demande pas livraison de notre flotte (le projet d’armistice ne le prévoyant d’ailleurs pas), pas plus que de nos colonies, sachant qu’il n’est pas dans nos intentions d’accepter de telles exigences.


    Dès les 18 et 19 juin, plusieurs navires français sont sabordés ou détruits dans les ports métropolitains afin qu’ils ne puissent tomber aux mains de l’ennemi. D’autres appareillent vers l’Afrique du Nord ou vers des ports britanniques. Le cuirassé Jean Bart, pourtant inachevé, parvient même à rejoindre Casablanca.
    Mais à Londres, la méfiance l’emporte sur les assurances françaises. Le 27 juin, Churchill ordonne la mise hors d’état de nuire des escadres françaises stationnées dans les ports britanniques et nord-africains. Cette opération aura pour nom « Catapult. »


    Le 30 juin, dans un accès de colère, l’amiral North s’adresse à l’amiral Somerville :
- Qui a eu cette fichue idée (opération Catapult) ?
- Churchill ! répondit Somerville
- No « Catapult », but, « Boomerang » ! Cette opération nous met en danger, répliqua North. Winnie (Churchill) est fou ! Je vois ce qu’il veut mais c’est une solution criminelle.


    Le 3 juillet 1940, à Mers el-Kébir, les bâtiments français sont au mouillage le long de la jetée. Les cuirassés Bretagne et Provence, les croiseurs Dunkerque et Strasbourg, le transport d’hydravions Commandant Teste ainsi que six contre-torpilleurs : Mogador, Volta, Tigre, Lynx, Terrible, Kersaint… les fleurons de la flotte française. Au mât du Dunkerque, flotte la marque de l’Amiral Gensoul, commandant en chef…


    Les clauses de l’armistice ont été respectées : les culasses des pièces d’artillerie ont été démontées, les avions désarmés, les munitions regroupées sous contrôle. Il en a été de même dans les batteries de côtes et de D.C.A. Dans les hangars d’aviation, les mesures de démobilisation ont été prises ; on a vidé les réservoirs de leur essence, démonté les canons des chasseurs et les mitrailleuses de tous les appareils ; les munitions ont été rassemblées et mises en dépôt. Rien ne laisse présager l’imminence d’un affrontement avec l’allié britannique d’hier. Les équipages, qui croient la démobilisation proche, se préparent à descendre à terre pour quelques heures de détente...


    À l’aube, cependant, une puissante escadre anglaise apparaît devant la rade : le croiseur de bataille Hood, bâtiment de 42000 tonnes, l’un des plus grands cuirassés du monde, armé de pièces de 380,  les cuirassés Valiant et Resolution, le porte-avions Ark Royal, escortés de destroyers et de torpilleurs, à l’instar du Foxhound.


    Sur les bâtiments français, l’arrivée inattendue de cette imposante armada provoque de l’étonnement, qui sera bientôt de la stupeur. Un officier d’état-major français est envoyé par l’amiral Gensoul à la rencontre de l’officier britannique, le commandant Holland. Celui-ci est porteur d’un document qu’on peut résumer ainsi :


« La flotte de l’Atlantique est invitée à rallier la flotte britannique, ou à défaut, un port de l’Amérique, avec équipages réduits. En cas de refus de cette offre, elle devra se saborder, sinon, par ordre du gouvernement de Sa Majesté, la flotte britannique usera de la force. »


    L’amiral Gensoul réaffirma au parlementaire britannique que les craintes de voir les bâtiments français tomber aux mains des Allemands et des Italiens étaient injustifiées : « La marine française n’a pas l’habitude de manquer à sa parole ! », s’exclama-t-il.
Plus tard, il affirmera qu’il ne pouvait accepter « un ultimatum se terminant par : « ou vous coulez vos bateaux ou je vous coule. C’est exactement : la bourse ou la vie… quelquefois, on donne sa bourse pour sauver sa vie. Dans la Marine, nous n’avons pas cette habitude-là ». Servitude et grandeur militaires !


Au moment où l’officier britannique sort de la rade, le commandant de la flotte anglaise signale : « Si les propositions britanniques ne sont pas acceptées, il faut que je coule vos bâtiments. »


    Les bateaux français, aux feux éteints, disposés pour un désarmement rapide, reçoivent l’ordre à 7h55 : « Prendre dispositions de « combat », puis à 9h10 : « Flotte anglaise étant venue nous proposer ultimatum inacceptable, soyez prêts à répondre à la force par la « force ». Dans le même temps, des avions britanniques mouillent des mines magnétiques à l’entrée de la rade afin d’empêcher toute sortie.
Pendant plusieurs heures, l’amiral Gensoul tente de gagner du temps. Il espère réarmer les batteries côtières, remettre les navires en état de combattre et obtenir une solution diplomatique. Mais à 16h56, la flotte britannique ouvre le feu.
La violence du bombardement est foudroyante.
Le cuirassé Bretagne, frappé de plein fouet, explose et sombre en quelques minutes : 150 hommes seulement sur 1300 fuient la mort, soit à la nage, soit en chaloupes. Le croiseur Dunkerque, n’ayant pu prendre la mer, à cause d’une avarie à son gouvernail, reçoit un obus qui tue 150 marins, plus de 100 mécaniciens et chauffeurs, 2 ingénieurs… Le bâtiment est hors de combat. Le croiseur Provence s’échoue pour éviter de couler. Le contre-torpilleur Mogador est éventré par une explosion causant une vingtaine de morts. Le Rigaut de Genouilli est atteint à son tour. Seul le Strasbourg parvient à forcer la sortie de la rade et à rejoindre Toulon.
Et partout ces mêmes visions apocalyptiques ; parmi les carcasses d’acier éventrées, calcinées, retentissent les cris déchirants de centaines et de centaines de marins agonisants, mutilés, brûlés ou suffoquant au milieu d’une fumée âcre et d’un mazout noirâtre qui étouffent leurs dernières plaintes.


    Aussitôt, les secours s’organisent. Pêcheurs, pompiers, gendarmes, médecins, habitants d’Oran et de Mers el-Kébir participent au sauvetage des survivants. Une chapelle ardente est installée dans la salle du cinéma de Kébir.
Les obsèques des 1380 marins – assassinés – ont lieu le 5 juillet, au cimetière de Mers El-Kébir, en présence du Maire, du Préfet et de l’Amiral Gensoul qui s’adressera une dernière fois à ses hommes en ces termes : « Vous aviez promis d’obéir à vos chefs, pour tout ce qu’ils vous commanderaient pour l’Honneur du Pavillon et la grandeur des armes de la France. Si, aujourd’hui, il y a une tache sur un pavillon, ce n’est certainement pas sur le nôtre. »
Mais le drame ne s’arrête pas là...


    Le 6 juillet 1940, à 6h30, par trois fois en vagues successives, des avions britanniques reviennent attaquer les navires encore indemnes notamment le Dunkerque, pourtant déjà immobilisé. Des torpilles frappent le navire ainsi que des bâtiments auxiliaires venus participer aux secours. Cette nouvelle attaque fera encore 205 tués et 250 blessés atteints gravement. Au total, la marine française déplore plus de 1585 morts ou disparus et plusieurs centaines de blessés dont la plupart gravement brûlés.


    Ce qui est horrible, c’est que les marins anglais ont tué en une semaine plus de marins français que la Flotte allemande pendant toute la seconde guerre mondiale. Nous ne sommes pas loin des 2403 morts du drame de Pearl Harbor, l’un des grands événements de cette guerre puisqu’il décida de l’entrée en guerre des Etats-Unis d’Amérique. Mais les Japonais étaient leurs ennemis, les Anglais étaient nos alliés. C’est là un crime inqualifiable… impardonnable.
Le 8 juillet, De Gaulle, parlant au micro de la BBC, déclara :


« En vertu d’un engagement déshonorant, le gouvernement qui fut à Bordeaux avait consenti à livrer nos navires à la discrétion de l’ennemi… J’aime mieux savoir que le « Dunkerque » notre beau, notre cher, notre puissant « Dunkerque » échoué devant Mers El-Kébir, que de le voir un jour, monté par les Allemands, bombarder les ports anglais, ou bien Alger, Casablanca, Dakar. » … et pas le moindre mot de compassion envers les victimes de cette tragédie.


Pour la première fois se trouvait ainsi affirmée, dans la bouche même d’un général français, une contrevérité : Alger, Casablanca, Dakar, donc les clés de l’Empire, allaient être utilisées contre les alliés britanniques. Et comme il vouait une haine viscérale à « l’Empire » qu’il considérait comme « Pétainiste » et qu’il fallait absolument mettre au pas pour la réalisation future de ses desseins, il donna à la flotte britannique, le 23 septembre 1940, la consigne de bombarder Dakar. Ce fut l’échec. L’insuccès des Britanniques fit comprendre aux uns et aux autres qu’il était vain de vouloir détacher l’Empire français de la Métropole et que la poursuite des attaques servirait de prétexte à une intervention allemande.


Dans ses mémoires, Churchill n’a pas caché son embarras. Il a comparé Mers El-Kébir à une tragédie grecque : « Ce fut une décision odieuse, la plus inhumaine de toutes celles que j’ai eues à partager », écrira-t-il.
Les historiens, les politiques, les « moralistes » et les censeurs qui ont eu à juger des hommes, des gouvernants, et à écrire l’Histoire, ont dédaigné de prendre en considération le traumatisme dévastateur que cet événement tragique avait produit dans les esprits…


Mers El-Kébir explique en grande partie l’attitude de bon nombre de nos gouvernants de Vichy durant le conflit comme elle explique aussi celle des autorités civiles et militaires d’Algérie en 1942-1943 et d’une population acquise au Maréchal Pétain mais volontaire pour poursuivre la lutte avec Darlan et Giraud contre les puissances de l’Axe.


L’Afrique du Nord, malgré son traumatisme, accepta de rentrer en guerre en 1942 et sera avec son « armée d’Afrique », l’une des composantes de la victoire finale. Elle conservera, néanmoins, son hostilité à De Gaulle, que ce dernier, devenu président du Comité de la Libération devait justifier… Il se souviendra toujours de ce sentiment d’inimitié à son égard et, dès 1958, remis au Pouvoir par ceux-là mêmes qui l’avaient blâmé, leur fera supporter amèrement le poids de sa rancune…


Ces morts Français, bannis de la mémoire nationale, auraient pu reposer en paix. Or, le 5 Juillet 2005, jour anniversaire d’une autre tragédie (Le massacre de deux mille Européens, le 5 Juillet 1962 à Oran), le cimetière de Mers El-Kébir fut saccagé sans qu’aucune autorité gouvernementale française, aucun média, aucune association humanitaire et « antiraciste », n’élevassent la moindre protestation, préférant s’humilier à « commémorer » la « répression » (beaucoup plus commerciale) de Sétif par l’armée française en 1945.


    Aujourd’hui encore, le souvenir de cette lâche agression britannique contre une flotte au mouillage et désarmée demeure vivace dans la Marine et, paraphrasant Talleyrand, on peut affirmer que « Mers El-Kébir a été pire qu’un crime, une faute ».


Quant aux survivants de cette tragédie qui défilèrent devant les cercueils de leurs camarades, ils ont conservé depuis, ce visage dur des hommes qui n’oublient pas. La mer se souvient des siens.


José CASTANO


Note historique :
Le 24 mai 1941, dans l’Atlantique Nord, le cuirassé allemand Bismarck coula le Hood, fleuron de la Royal Navy engagé à Mers el-Kébir. Trois jours plus tard, le Bismarck était lui-même détruit par une imposante escadre britannique au terme d’une traque restée célèbre dans l’histoire navale.

VIDÉO:

- Marins, qu’ont-ils fait de vos sépultures ?

 

13 juin 2026

LA FRANCE DE MON ENFANCE

transmis par José Castano


« Adieu ma France... Tu n’es plus celle que j’ai connue, le pays du respect des valeurs, de l’hymne et du drapeau, le pays de la fierté d’être français. Adieu ma France des trafics en tous genres, du chômage, de l’islamisme, de la polygamie, du laxisme, de la permissivité, de la famille décomposée... Adieu ma France réduite à l’état d’urgence, ma France déconstruite, en guerre avec elle-même. Je veux, néanmoins, demeurer optimiste et croire en ton sursaut. Mais qui te sauvera ? » (Général Marcel Bigeard)

    Mon enfance durant, j’ai porté en moi une fierté ardente : celle d’aimer la France. Par-delà la Méditerranée, elle apparaissait comme un pays de lumière, un mirage chatoyant qui me faisait rêver entre deux pages de nos livres de géographie. Elle était ma Mère Patrie, et, comme mes camarades de jeux —les Mohamed, les Levy et tous ceux avec qui je partageais l’innocence des premières années— je ne voyais d’elle que la beauté : celle de son passé, de son présent, que mon imagination candide exaltait encore.


    Je rêvais alors d’une histoire constellée de gloires, peuplée de saints et de rois, de héros surgis des brumes du temps, de batailles gagnées et même de défaites transfigurées par la légende. Je rêvais d’un Empire immense dont le rayonnement se déployait bien au-delà des mers.


    « Là-bas », dans la salle de classe du cours moyen, nous vibrions à l’unisson durant les leçons d’histoire. Nous encouragions Vercingétorix et Jeanne d’Arc de toutes nos petites forces, de nos voix essoufflées, de nos mains fébriles, de nos pieds battant la poussière, à chasser l’envahisseur hors des frontières sacrées.


    Subjugués par l’héroïsme de Bayard —le « chevalier sans peur et sans reproche »— exaltés par les victoires de Napoléon, nous retenions notre souffle à l’évocation d’Austerlitz… mais nous détournions les yeux, obstinés, devant Waterloo ou la retraite de Russie. Ainsi va l’âme de l’enfant : elle choisit ses miracles, elle refuse ses blessures.


    En somme, j’étais fier de ma France avec tout ce que cette fierté comporte d’aveuglement, et je l’aimais d’un amour absolu, viscéral, entier. Chrétiens, Juifs, Arabes —unis dans une fraternité naïve— nous étions prêts, pensions-nous, à nous battre pour elle, à mourir pour elle. Nous ignorions ce qu’elle était vraiment ; cela n’avait aucune importance. Elle était tout : une réalité matérielle, charnelle, spirituelle, indissociable, comme la présence vivante d’une mère.


    Je distinguais bien, déjà, ce que son histoire portait de sombre : l’Inquisition, les guerres de religion, la fureur sanglante des révolutionnaires, la Terreur, la déchristianisation… mais pour moi, ces ombres n’existaient presque pas. Un enfant ne dresse pas la liste des défauts de sa mère, qu’ils soient moraux ou physiques. Elle est sa mère, donc elle est parfaite. Il sait ce qui blesse, mais il détourne les yeux ; il connaît les failles, mais il les recouvre d’amour. C’est là le mystère profond, indestructible, de l’amour filial.


    Tout a commencé avec l’effondrement de 1940, ce coup de tonnerre qui fit vaciller les cœurs et brisa les colonnes d’une nation que l’on croyait inébranlable. Puis le récit officiel, dans un silence impitoyable, escamota le rôle de l’Armée d’Afrique, dont le courage pourtant fut une des clefs de la victoire. Ensuite vint la chute de l’Indochine, saignée par le sacrifice d’hommes héroïques que l’Histoire, souvent ingrate, a laissés s’enfoncer dans l’oubli. Et puis l’agonie de l’Algérie française, le sang des jeunes soldats versé sur des terres qui se dérobaient, les cris des innocents emportés dans la tourmente… et, à la fin, l’exode d’un peuple déraciné arraché à lui-même.


Depuis, nous sommes ivres, non de gloire, mais de défaites accumulées, de reculs successifs, d’abandons en cascade. Nos mémoires débordent d’humiliations. Nous avons tout laissé tomber : nos certitudes, nos repères, nos héritages. Voici la France qui trahit, qui renie, qui abdique, qui se livre elle-même en pâture. La France qui renonce à ses fondements, à sa mémoire, à ses valeurs spirituelles ; la France qui se déchire de sa propre main.


Alors nous avons choisi la voie la plus terrible : pour ne plus souffrir, nous avons fermé notre cœur. Pour ne plus pleurer les soldats sacrifiés par des dirigeants dévoyés, pour ne plus pleurer les innocents fauchés sous la mitraille d’un terrorisme aveugle, pour ne plus hurler d’impuissance devant une violence devenue routine, nous avons bâti autour de nous une citadelle de pierre. Nous avons trop tremblé, trop espéré, trop baissé les yeux devant les vainqueurs d’hier, pour accepter encore de nous courber devant ceux de demain. Nous ne voulons plus revivre les affres de la trahison, du fanatisme, ni la menace sourde d’une guerre civile qui rôde comme un loup affamé aux portes de la cité.


Car nous le voyons maintenant avec la crudité d’un jour sans soleil : les idées généreuses se muent en mirages mortifères ; la confiance placée en nos élus n’est qu’une offrande piétinée ; la loi du plus fort règne, nue et cynique. Le temps des imposteurs est revenu, vêtu de mensonges et de vanités : promesses qui s’évaporent dès qu’elles sont prononcées, discours qui se contredisent, reniements incessants, manœuvres sordides. Dans les plis de l’écharpe tricolore se blottissent désormais l’ambition aveugle, la vanité creuse, l’orgueil démesuré, l’appétit de profit, et parfois la simple bêtise. Les scandales éclatent comme des feux grégeois, les fripouilleries pullulent à tous les étages du pouvoir.


Nous parle-t-on encore de Patrie ? Ose-t-on seulement enseigner à nos enfants ce que ce mot sacré signifie ? Savent-ils, ces écoliers distraits, le premier couplet de La Marseillaise ? Qu’est-ce donc que la Patrie ? Répondez-nous, Messieurs ! Est-ce une histoire ? Mais vous en effacez les fondations mêmes : vous rejetez ses pages essentielles, et les livres placés entre les mains de nos étudiants ne sont trop souvent qu’un tissu de contre-vérités. Le sombre verdict de Joseph de Maistre résonne alors comme un glas : « L’Histoire, depuis trois cents ans, n’est qu’une conspiration contre la vérité. »


    Quel idéal, dites-nous, êtes-vous capables d’offrir à cette jeunesse que l’on voit défiler, embrigadée, parfois dupée, brandissant les étendards d’organisations terroristes dont elle ignore la complexité tragique ?


    Et vous, gouvernants d’hier et d’aujourd’hui —Giscard d’Estaing, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron— à force de cultiver les slogans de diversité, d’inclusion et de « vivre ensemble », qu’avez-vous fait de cette France que nous vous avions confiée ? Vous vous êtes comportés, trop souvent, comme des gestionnaires d’apparences, des acteurs de scène plus que des chefs d’État. Sous vos mandats successifs, le laxisme judiciaire s’est installé, les portes d’une immigration mal maîtrisée se sont ouvertes, et nos villes se sont transformées : des quartiers jadis paisibles sont devenus des zones où la loi vacille, où des puissances informelles imposent leur domination, où résonnent des colères et des solidarités dont les symboles nous déchirent.


    Vous nous avez tout pris : la volonté, la fierté, l’espérance, le civisme, le courage, la patience… Il ne reste en nous qu’une lassitude immense, un découragement sans fond. Dès lors, comment aimer encore la chair de notre pays ? Comment préserver l’amour de son âme ? Nous ne voulons pas mourir pour des idées que l’on dicte depuis les couloirs ministériels, pour des visions qui nous semblent sans horizon. Mourir pour la France ? Quand nous savons que notre sacrifice serait vain ?


    Année après année, soutenus par des médias complaisants, vous avez forgé le mythe d’une culpabilité nationale perpétuelle : colonisation, repentance, autoflagellation… Oubliant l’avertissement de Péguy : « Il y a des contritions plus sales que les péchés. »


    Vous avez façonné une France qui se condamne elle-même, qui se dit honteuse de son passé, de ses luttes, de ses conquêtes, de son histoire entière. Elle n’ose plus affirmer ce qui fit sa force ; elle détourne les yeux de sa tradition spirituelle. Chateaubriand l’avait prédit dans une phrase terrible : « Déchristianisez la France, vous aurez l’Islam ! » Et voilà que nous y sommes : non parce que les peuples se rencontrent —cela, l’Histoire l’a toujours permis— mais parce que la France a déserté ce qu’elle était, offrant le vide en héritage.
    La laïcité, jadis colonne d’unité, est devenue une neutralité molle, poreuse, soumise aux contorsions des « ni-ni », des « en même temps » et des « pas de vague ». La France n’est plus qu’une étoile mourante, dont le foyer s’est lentement éteint. Ce qui brille encore dans le ciel n’est plus que le reflet d’une lumière depuis longtemps disparue. Le philosophe Pierre Manent, dans un constat d’une brutalité limpide, l’a formulé ainsi : « La France n’a pas été vaincue, elle s’est rendue. »


    Et nous souffrons de la voir ainsi : méconnaissable, fragmentée, livrée à des tensions religieuses, politique et sociales qui la rongent de toutes parts ; sans mémoire, sans repères, asphyxiée par ses propres contradictions ; agitée d’émeutes, de violences, de colères qui grondent comme les secousses d’un monde à l’agonie. Oui… ma France… Toi que nous avons tant aimée… Qui te sauvera ?

*
Quand un média algérien évoque, 64 ans après, le drame des Français disparus durant la guerre d’Algérie… Enfin !

Disparus d'Algérie : quand l'État français choisit ses mémoires
 

José CASTANO

7 juin 2026

LES DISPARUS D'ALGÉRIE : LE SILENCE DEVANT LE MUR

Transmis par José Castano

Seules les victimes auraient éventuellement le droit de pardonner. Si elles sont mortes, ou disparues de quelque façon, il n'y a pas de pardon possible” (Jacques Derrida)

    Le 8 mai 2026, Madame Alice Rufo, ministre déléguée aux Armées et aux Anciens combattants, se rendait à Sétif pour participer aux commémorations organisées par les autorités algériennes autour des événements du 8 mai 1945. Lors de cette visite officielle, l’accent fut mis sur la répression exercée par l’armée française. En revanche, aucune évocation ne fut faite des victimes européennes tombées dans les violences qui précédèrent ces événements, ni de la souffrance des familles frappées par cette tragédie. Pas un mot pour cette autre mémoire, pourtant elle aussi inscrite dans l'histoire tragique de l'Algérie française.
Dès lors, une question demeure : pourquoi certaines mémoires bénéficient-elles de la reconnaissance officielle de la Nation quand d’autres semblent encore condamnées à l’ombre et à l’oubli ?
    Trois semaines plus tard, le 29 mai, la ministre était présente dans les Pyrénées-Orientales pour inaugurer notamment le musée du Mémorial de Rivesaltes. À cette occasion, Louis Aliot, maire de Perpignan, et Suzy Simon-Nicaise, présidente du Cercle algérianiste, exprimèrent le souhait qu’elle profite également de son déplacement pour se recueillir devant le Mur des Disparus, érigé à Perpignan en mémoire des milliers de civils disparus en Algérie dont les familles n’ont jamais retrouvé la trace.
    Ce geste n'aurait rien eu d'un acte politique. Il aurait simplement constitué un hommage de compassion et de respect envers des victimes qui n’ont jamais retrouvé ni sépulture ni justice, et envers des familles condamnées depuis plus de soixante ans à vivre dans l'attente, l'incertitude et l'absence.
Car les morts ont leurs tombes… Les disparus, eux, n'ont que les larmes de ceux qui les cherchent encore.
Ce vœu ne fut cependant pas exaucé. Une fois encore, le Mur des Disparus demeura seul face au silence.
Et pourtant, derrière chacune des pierres qui le composent, derrière chacun des noms qui y sont gravés, il y a un visage, une famille, une vie brisée. Il y a surtout une tragédie humaine dont l'Histoire n'a jamais totalement rendu compte et dont la mémoire semble encore embarrasser les consciences officielles.
    C'est à ces oubliés de l'Histoire, à ces hommes, à ces femmes et à ces enfants disparus dans le chaos des derniers mois de l'Algérie française, à leurs familles qui attendent toujours des réponses, que cet article est consacré.


LES DISPARUS D'ALGÉRIE : LES OUBLIÉS DE L’HISTOIRE

 

    Il y a plus de soixante ans, l'une des plus grandes tragédies de l'histoire française contemporaine sombrait dans le silence.
    Lorsque s'acheva la guerre d'Algérie, des milliers de familles basculèrent dans une nuit dont elles ne sont jamais réellement sorties. Des hommes, des femmes, parfois de très jeunes gens, furent enlevés, engloutis par le chaos des derniers mois de la présence française. Ils disparurent sans laisser de trace, emportant avec eux leurs visages, leurs voix et leurs destins.


    Derrière eux ne restèrent que des parents hagards, des épouses sans réponses, des enfants condamnés à grandir dans l'attente.
Car il existe une souffrance plus déchirante encore que la mort : celle de ne jamais savoir… Ne jamais connaître la vérité… Ne jamais pouvoir se recueillir sur une tombe… Ne jamais pouvoir refermer le livre d'une existence.
Le drame des disparus d'Algérie est d'abord celui-là.


    Au lendemain des accords d'Évian du 18 mars 1962, alors que la paix était officiellement proclamée, une autre tragédie commençait. Les enlèvements se multiplièrent. Dans les villes comme dans les campagnes, des Européens furent arrêtés, emmenés, parfois sous les yeux de leurs proches, puis engloutis dans un univers dont ils ne revinrent jamais.


À mesure que les semaines passaient, les familles s'adressaient aux autorités civiles, aux responsables militaires, aux élus, aux organisations humanitaires, au clergé... Elles écrivaient, suppliaient, imploraient. Elles voulaient savoir.
Où étaient-ils ?… Étaient-ils vivants ?… Pouvait-on encore les sauver ? À ces questions, elles ne recevaient que le silence… Un silence administratif… Un silence politique… Un silence qui allait durer des décennies.


Pourtant, de nombreux témoignages et diverses déclarations publiques allaient alimenter l'espoir que certains disparus étaient encore détenus plusieurs années après les événements. Des informations faisaient état de captifs maintenus dans des camps ou des lieux de détention isolés. Souvent prouvées, ces révélations eurent un effet terrible sur les familles : elles ravivaient sans cesse une espérance qu'aucune certitude ne venait confirmer ni démentir.


Ainsi commença pour des milliers de proches une interminable attente… Une attente qui dura des années… Puis des décennies. La guerre était terminée pour le monde. Elle ne l'était pas pour eux.


    Que de cris ont dû déchirer les nuits algériennes !… Que d’appels au secours ont dû monter de ces camps oubliés, de ces prisons sans nom, de ces lieux d’effroi où des hommes, des femmes, des enfants, attendaient encore qu’une main se tende vers eux, qu’un drapeau se souvienne d’eux, qu’une patrie prononce enfin leur nom.


Combien de regards se sont tournés vers l’horizon, vers cette mer qui séparait leur supplice de la France ? Combien ont attendu jusqu’à leur dernier souffle l’arrivée d’un secours qui ne vint jamais ?


Pendant des années, un silence immense recouvrit leur détresse. Un silence plus cruel encore que les chaînes. Un silence plus lourd encore que les murs. Un silence capable d’effacer les visages, d’effacer les noms, d’effacer jusqu’au souvenir même de ceux qui avaient disparu.


Et pourtant, ils étaient là. Ils respiraient encore. Ils souffraient encore. Ils espéraient encore. Ils vivaient dans l’attente obstinée d’un miracle.
Dans l’obscurité de leurs cellules, derrière les barbelés, au fond de camps perdus dans l’immensité du désert, ils regardaient passer les saisons. Les années s’écoulaient lentement, interminablement. Les plus faibles tombaient. Les autres continuaient d’attendre...
Attendre une visite de la Croix Rouge… Attendre un signe… Attendre la France.


Et tandis que leurs familles vieillissaient dans l’angoisse, tandis que des mères consumaient leur existence à guetter un retour impossible, tandis que des épouses demeuraient suspendues entre l’espoir et le deuil, eux continuaient de lutter contre l’oubli.
Car la pire des morts n’est peut-être pas celle qui arrête le cœur. La pire est celle qui efface jusqu’à la mémoire. La pire est celle qui transforme un être aimé en absence. La pire est celle qui condamne une mère à ne jamais savoir où repose son enfant.


Que sont devenus ces disparus ?… Où ont-ils rendu leur dernier souffle ?… Qui a fermé leurs yeux ?… Qui a entendu leurs dernières paroles ?… Qui a recueilli leur ultime pensée pour ceux qu’ils aimaient ?


Autant de questions demeurées sans réponse. Autant de blessures que le temps n’a jamais refermées. Car il existe des douleurs qui survivent aux générations. Des douleurs qui traversent les décennies comme un feu souterrain. Des douleurs qui ne demandent ni vengeance ni haine, mais seulement la vérité… Seulement la justice de la mémoire… Seulement le droit de savoir.


    Aujourd’hui encore, leurs familles portent ce fardeau. Aujourd’hui encore, des noms gravés sur la pierre attendent que l’Histoire leur rende ce que l’oubli leur a volé. Aujourd’hui encore, des enfants devenus vieux continuent de chercher un père qui n’est jamais revenu. Et lorsque le soir descend sur le Mur des Disparus, lorsque les visiteurs s’éloignent et que le silence reprend possession des lieux, il semble parfois que ces noms murmurent encore.
Ils ne réclament ni gloire ni honneurs… Ils demandent simplement qu’on se souvienne… Qu’on se souvienne qu’ils ont vécu… Qu’ils ont aimé… Qu’ils ont espéré… Qu’ils ont attendu… Et qu’ils ont disparu.


Alors, tant qu’un seul de leurs noms sera prononcé, tant qu’une seule fleur sera déposée devant leur mémoire, tant qu’un seul cœur continuera de battre au souvenir de leur destin, ils ne seront pas tout à fait morts. Car l’oubli est la seconde tombe. Et la mémoire est la dernière patrie des disparus.


C’est là qu’ils demeurent désormais. Dans les larmes de leurs enfants. Dans la fidélité de leurs proches. Dans le recueillement de ceux qui refusent d’effacer leur histoire.


Et peut-être aussi, dans cette part secrète de l’âme humaine où vivent éternellement ceux que l’on a perdus, mais que l’on n’a jamais cessé d’aimer.

José CASTANO

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