Monsieur,

Voici ma réflexion suite à vos propos tenus en Algérie.

Je vous l'accorde vous avez fait preuve d'un grand courage, en Algérie, en disant que la colonisation de ce pays avait été un crime contre l'humanité.

Personne ne nie que cette conquête a généré son lots de crimes, d'exactions, sachant que les valeurs de l'époque ne correspondent en rien à celles en vigueur de nos jours.

Tout comme votre prédécesseur, avant d'être élu, vous avez voulu vous attirer les grâces de certains électeurs!

En effet, monsieur Hollande s'était rendu sur les lieux où le 17 octobre 1961, ont été tués, par la police Française, des centaines de Musulmans. En fait, des enquêtes sérieuses ont abouti à dire qu'il n'y avait pas eu plus de 10 morts dont certains étaient des européens, et que cette manifestation était interdite car en temps de guerre.

Libre au futur (probable) président, tout comme vous, de se rendre où il veut.

Mais pourquoi ne pas avoir honoré les 47 morts (19 égorgés) de la Force de Police Auxiliaire Harkis de Paris, ainsi que les 219 Européens tués dont 16 militaires et 53 policiers...?

Et encore sur notre sol, vous auriez pu parler des 4000 Musulmans qui ont été assassinés et souvent mutilés par le FLN France, que le double a été blessé toujours selon des méthodes atroces.

Le courage aidant, vous auriez pu, sur votre lancée, évoquer les 150.000 Harkis et sympathisants morts après le cessez le feu du 19 mars 1962, respecté uniquement par l'état Français.

Des 8 à 12000 d'entre eux qui ont été envoyés déminer, souvent à mains nues, sur les frontières.

Vous auriez pu parler également du massacre de plus de 6000 Pieds-Noirs, après cette date. En sachant que, ce chiffre rapporté à celui des habitants Français, serait de 300.000 morts. Soit plus que de civils tués en France pendant le 2ème conflit mondial.

Quel pays pourrait accepter cela?  La France, bien sûr! Mais CHUT!! En France, « ON », les politiques, préfèrent parler des morts d'en face!

Ce sont leurs choix. C'est votre choix! Pas le mien. Je ne suis pas un homme politique. Je suis un simple citoyen!

Et pourquoi ne pas parler du massacre de Melouza en 1957 où 374 Musulmans ont été massacrés par le FLN, qui a voulu, entre autre, attribuer celui-ci à l'armée Française?

Et encore, cet autre, atroce, d'El Halia en 1955 où ce sont principalement des femmes et des enfants au nombre de 140 qui ont été impitoyablement abattus! Ou alors, des MILLE CINQ CENTS morts en UN JOUR le 5 juillet 1962 à Oran, 2 fois plus qu’à Oradour sur Glane, 642 personnes tuées par les hommes de la Panzer division Das Reich en 1944. Ce, dans des conditions affreuses, comme dans ce village martyr Français.

Un centre de la mémoire y a été édifié en 1999. Y a-t-il en France un mémorial, une plaque, une commémoration nationale pour « NOUS », rien, serions nous les pestiférés de l’histoire…

D’un côté, et à juste titre, notre pays honore ses victimes et de l’autre les ignore totalement. Est-ce digne de la France, qui proclame à tout va, être le pays des droits de l’homme et du citoyen.

Puisque vous aviez décidé d'évoquer le passé, pourquoi n'avez-vous pas parlé des pirates barbaresques du Maghreb qui ont écumé nos côtes pendant plusieurs siècles sous l'emprise des Turcs, réduisant ainsi en esclavage plus d'UN MILLION d'Européens.

Alger, à elle seule, se répartissant plus du tiers des esclaves!

Vous n'êtes pas sans ignorer que c'est pour ce motif que, ce qui sera appelé l'ALGÉRIE, a été envahie!

Vous défendez les valeurs universelles de la gauche et prétendez détenir la vérité, voulant imposer celles-ci, soit, mais vous le reprochez à nos ancêtres, qui ont appliqué ce même principe en Algérie.

A tort ou à raison, dans les deux cas, l'histoire jugera!

Vous savez sans doute aussi, que dès le début de la conquête, de nombreuses tribus se sont rangées à nos côtés, telles les Zouaouas, qui ont donné le nom aux futurs Zouaves, ou les Douaïrs et les Smélahs dont le chef, le général Mustapha Ben-Ismaïl, a été tué au combat en 1843...

A vouloir étaler l'histoire, il faut aller jusqu'au bout et ne pas s'en tenir à quelques bribes! Vous faîtes preuve d'un tel acharnement à vous en prendre à VOS ancêtres, parce-que ce sont MES ancêtres, mais aussi les VÔTRES!

Les premiers arrivants sur cette terre ont été des soldats commandés par le gouvernement Français de l'époque.

Comment considérez-vous les premiers colons qui ont suivi, sont-ils des assassins, ou sont-ils des militaires?

Vous savez très bien que les règles de l'époque n'étaient pas les mêmes en matière guerrière. Les conventions de Genève n'existaient pas et les troupes au combat se payaient sur le terrain.

Ne faîtes-vous pas preuve d'hémiplégie comme vous le faites remarquer à certains de vos interlocuteurs?

A la même époque, en France, la troupe dispersait des manifestants en tirant « dans le tas », des enfants de 7 ans travaillaient dans les mines et les femmes ont dû attendre 1945 pour avoir le droit de vote.

En 1830, devant des grévistes et des émeutiers, l'armée alignait 20.000 hommes et 150 canons!

En 1848, on relève 4000 morts parmi les insurgés et 1600 parmi les forces de l'ordre.

Le gouvernement républicain arrête 25.000 personnes, lourdement condamnées (15.000 déportées et emprisonnées sans jugement). Certains de ces déportés, dits les « Communards », seront de futurs Pieds-Noirs.

Il n'est pas possible qu'un futur (probable) président de la République Française, jette l'opprobre sur les siens ainsi!

Pourquoi, monsieur Macron, pourquoi?

Il n'est pas possible, ni même pensable que votre attitude ne soit pas dictée par un calcul électoraliste!

En effet, la communauté d'origine Algérienne, vivant en France, est très importante et pèse sur le vote, sachant qu'aux dernières élections, celle-ci a voté massivement à gauche.

Vous saviez pertinemment en tant qu'homme avisé et bien conseillé, quelles répercutions auraient vos propos tenus dans un pays dont les dirigeants nous méprisent profondément et où son histoire est falsifiée depuis 55 ans maintenant!

Savez-vous que l'hymne algérien est le seul au monde à citer, en termes peu élogieux, un pays étranger? Bien sûr, ce pays c'est la France!

Vous saviez que les Pieds-Noirs et les Harkis seraient vent debout suite à vos déclarations mais vous n'en aviez que cure!

Vous saviez que notre communauté, les anciens, était composée de personnes encore écorchées-vives, 55 ans après notre exode!

Vous saviez que vos propos provoqueraient des réactions dures, emportées, voire violentes! Cela, pour soit disant, rétablir une vérité, alors que, comme je l'ai dit, lorsqu'on veut agir ainsi, il faut aller jusqu'au bout et ne pas se contenter de dénoncer une partie de l'histoire et de plus dans un pays étranger!

Ce pays, l'Algérie, ne vous a pas attendu, monsieur Macron, pour traîner la France dans la fange.

Il forge l'histoire à sa guise, modifiant honteusement les chiffres comme pour les émeutes de Sétif, où sont annoncés 45.000 morts lors de la répression, alors que la réalité dénombre entre 1500 et 3000 victimes.

L’Algérie, avec à sa tête, les mêmes depuis 55 ans, trouve pratique de rejeter sur l'ancien colonisateur les maux du présent, comme pour s'exonérer de la gestion calamiteuse de ses dirigeants.

Ensuite, bravo! Vous vous êtes excusé et avez même regretté d'avoir blessé notre communauté!

En fait, je pense que tout cela était mûri et que c'est en conscience que vous avez tenu ces propos!

En tant que futur (probable) chef de l'état, si vos regrets sont sincères, c'est tout à votre honneur, mais il ne fallait, tout simplement, pas (nous) blesser pour formuler ensuite des excuses!

C'est trop facile après cela de venir discuter avec des Pieds-Noirs ou Harkis et de maintenir vos dires! Vous saviez parfaitement que ce serait insuffisant.

En rajoutant à Toulon « je vous ai compris » vous avez été loin, beaucoup trop loin...en réveillant la traîtrise du chef de l'état d'alors, Charles De Gaulle.

Il est sûr que le vote de notre communauté, Harkis compris, n'est pas homogène et en conséquence ne pèse pas assez ou moins que celui des Français d'origine Maghrébine. Nous en sommes conscients.

Je ne suis pas un stratège en matière politique, et loin de là, mais cette analyse n'est peut-être pas loin de la vérité que sais-je?

Vous avez fait, à mon avis, un grand faux pas.

Certains Pieds-Noirs ou Harkis, étaient prêts à voter pour vous car vous représentiez pour eux, la jeunesse et une nouvelle génération d'hommes politiques affranchis de certains archaïsmes.

Pour terminer, il semble que vous voulez, comme notre Président, réconcilier les mémoires. Mais vous le savez bien, l'Algérie ne le veut pas et en joue depuis 55 ans maintenant!

Ses demandes sont à sens unique. Ce pays ne veut que, et toujours plus, de visas pour ses ressortissants.

La réciprocité ne sera jamais appliquée par l'état algérien.

Cela a commencé dès le 19 mars 1962, jour où le non-respect des « Accords d' Évian » a débuté!

La réciprocité, mais quelle réciprocité, quand vous voyez que dans notre pays, une place porte le nom « Nadia Gendouze », infirmière, poétesse du FLN alors que cette personne était poseuse de bombes. C'est sa bombe qui, au Milk-bar à Alger, en 1956, a fait 3 morts et 50 blessés dont 12 amputés!

Alors, à quand en Algérie une place ou rue Marcel Bigeard ou général Massu? Cela indique que nous sommes uniquement dans la repentance!

De même, lorsque notre Président officialise la date du 19 mars 1962, alors que nous savons très bien, qu'il y a eu plus de morts après le cessez-le-feu qu'au cours de toute la guerre d'Algérie.

Je tenais à vous signifier que vos propos m'ont profondément choqué ainsi qu'un grand nombre de Pieds-Noirs et Harkis.

Monsieur Macron, sachez que les Français d’Algérie, Pieds Noirs et Harkis confondus ne sont pas que des Français de « papier ». Ils ont la France dans leurs cœurs et dans leurs tripes.

Regardez leurs manifestations, y avez-vous vu des drapeaux étrangers, que voyez-vous, les 3 couleurs de notre Patrie, le bleu, le blanc et le rouge.

« Soyez-en paix avec votre conscience »! Je vous le souhaite.

Un simple citoyen Français, Pieds-Noirs et fier de ses ancêtres, des Corses et des Alsaciens, vous savez, ceux qui ont libéré le pays en 1945 et qui étaient de toutes les guerres Françaises depuis 1830 avec nos frères Musulmans.

Bien à vous.

Guy du pays des Chaouias


 

Mon père était agriculteur à côté du village de Lutaud (7 km) qui se situait lui-même à 30 km de Batna. Notre ferme a été détruite au début de la fin.

Il a essayé de rester au village et d'aller travailler la journée mais, cela devenait de plus en plus risqué. Il est rentré dans les UT et lorsqu’elles ont été dissoutes en 59, il est rentré travailler à la S.A.S de Batna jusqu'à la fin. J'ai donc vécu le désarmement et ensuite l'abandon des Moghaznis dont la plupart ont été tués ainsi que leurs familles. Seules 3 ont réussi à regagner la France en passant par le Maroc. Je les ai retrouvées en 2005 à Rouen.

En rentrant, nous avons atterris par hasard à Corbeil Essonne car un oncle avait été muté au commissariat de cette ville. 18 dans 2 pièces cuisine en hiver, nous pouvions nous passer de chauffage. Puis nous avons acheté une ferme à côté de Bergerac vendues au prix fort, c'était par compassion pour ceux qui étaient venus libérer la France en 14/ 18 et en 39/ 45... 

De façon très brève, voilà une parcelle de vie d'un petit Pieds Noirs qui est fier de ses racines ainsi que de ses ancêtres Corses/ Grecs du côté de mon père et Corso/ Alsaciens du côté de ma mère.

Guy

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