Document transmis par J. F. Paya

Lettre du Général Faivre:

Les évaluations chiffrées de Chevènement ne me paraissent pas fiables, elles sont d'ailleurs différentes de celles du consul Herly.

A mon avis, il faut prendre en compte les listes nominatives  de disparus :

1. une liste incomplète du CICR, citée dans mon livre la Croix-rouge pendant la guerre d'Algérie : 265 noms.

2. Les listes consultées par Monneret au SHD : 365 décès.

3. Les demandes des familles adressées aux Affaires étrangères : 419 dossiers de disparus du 5 au 8 juillet pour le département d'Oran, réduites à 331 décédés (dont 270 pour la seule commune d'Oran et 60 cas estimés incertains).

         Par rapport à Monneret, il manque 34 décédés, ce qui pourrait correspondre aux personnes non signalées (familles parties). A mon avis, il ne faut pas exagérer le nombre des célibataires sans famille de rattachement.

Lettre réponse de JF PAYA:

Mon Général      

         Merci infiniment pour votre réponse je vous renouvelle mes vœux pour 2008 ce n'est pas tant le débat sur le chiffrage qui me pose problème que celui sur les circonstances de ces massacres/Pour le chiffrage autour de 800 disparus il correspond bien à celui évoqué à l'époque au consulat d'Oran et aussi officieusement du coté Algérien (dernièrement au "colloque de Lyon" + de 700 admis par "historiens" Algériens).

         L'ex Consul Herly avait signalé prés de 400"plaintes" déposées au consulat mais j'ai la preuve qu'une plainte pouvait comporter plusieurs personnes d'une même famille ? pour ma part j'avais déposé une plainte pour v2 personnes/Aussi lorsque je parle "d'archives" chères aux historiens pour moi il s'agirait des registres originaux du consulat et non de listings à posteriori / J Monneret ne parle pas de décès mais "d'enlèvements" porté a la connaissance du 2em bureau /collation des JMO de routine de certaines unités et non d'une enquête globale qui n'a pas eu lieu (si non il l'aurait donné en annexe ) donc ce chiffre reste aussi aléatoire et les familles affolées ne se sont pas toujours adressées a des unités de l'armée trouvant même souvent plus efficace de s'adresser directement aux éléments du nouveau pouvoir Algérien (ALN / FLN ) tout cela dans un grand désordre qui ne permet pas d'avoir des références fiables aujourd'hui.

         Au sujet des chefs de famille et célibataires resté seuls à Oran on ne peut pas sous estimer leur nombre rien que pour ma région plus de la moitié des chefs de familles étaient resté seuls en Oranie et une estimation d'après les autorisations de sorties et les bureaux de vote du 1er juillet (où beaucoup d'européens présents ont été voter donne les mêmes résultats) Il faut aussi savoir que beaucoup de "déclarations d'absence" (+ tard converties en jugements déclaratifs de décès) n'ont pu être "ciblées" du "5 au 8 juillet" mais déclarés à des dates inconnues en métropole (le recensement de ces jugements serait intéressant. )

         Enfin voilà un certain nombre de considérations dont a mon avis l'historien devrait rendre compte certes avec une grande prudence mais sans avoir l'air de donner un seul "son de cloche" et un chiffre définitif dont certains ont vite fait de s'emparer (on l'a vu avec la presse Algérienne ) à des fins plus idéologiques qu'historiques ! (article du quotidien d"Oran  ci joint)

Bien cordialement

Jean-François PAYA

          NB: JP Chevènement dans son ouvrage ne donne pas "une évaluation" mais précise "j’étais chargé de rechercher les 800 disparus du 5 Juillet"  D"autre part il faudrait  indiquer pourquoi "non fiables" c"est un témoin et un acteur de terrain vu l’absence d’enquête !  J Monneret à 34 "enlevés"en plus que les 331 "décédés " cela ne peut être "des non déclarés" puisque signalés "enlevés" dans les JMO au 2ém Bureau ! Les" non déclarés "  ne figuraient pas par définition à Oran Voir l'estimation des hommes seuls à Oran in fine +(6500 minimum)

          Enfin voilà un certain nombre de considérations dont à mon avis l'historien devrait rendre compte certes avec une grande prudence mais sans avoir l'air de donner un seul "son de cloche" et un chiffre définitif dont certains ont vite fait de s'emparer (on l'a vu avec la presse Algérienne) à des fins plus idéologiques qu'historiques !

RETOUR ORAN JUILLET 1962